Mes éditos dans Internet Actu
(décembre 1999-janvier 2002)


Tantôt sérieux, souvent sarcastiques, parfois franchement provocateurs, voici les éditos que j'ai écrits pendant un peu plus de deux ans, alors que j'étais rédacteur en chef d'Internet Actu, d'octobre 1999 à janvier 2002. Internet Actu était à l'époque LE webzine de référence sur l'actualité des acteurs, des technologies et des usages de l'Internet. Originalité, cet hebdomadaire diffusé par mail n'était pas un "alerteur" ; ses plus de 100.000 lecteurs pouvaient le lire "in extenso" sans besoin d'aller "voir la suite" sur le Web. Sauf pour les liens communiqués à la fin de chaque article, qui permettaient au lecteur d'approfondir l'info. Ces liens, je les ai supprimés, à quelques exceptions près, car la plupart sont aujourd'hui obsolètes. Ce qui prouve que la longévité d'une page Web est toute relative...
Cette petite centaine d'éditos n'a qu'un mérite : elle témoigne de deux années d'évolution cruciale de l'Internet, avec ses réussites, ses échecs et malheureusement... ses abus.
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Internet Actu 16, jeudi 23 décembre 1999

Arrêtez de nous prendre pour des c... !

Nous prendrait-on, nous les internautes, pour des gogos, surtout en cette période commerciale intense de Noël ? Il semble bien que oui. Trois "affaires", rapportées dans notre rubrique Tendances et Enjeux de Société, en témoignent cette semaine.
France Télécom et Free annoncent aux Parisiens un ADSL qui reste indisponible dans plus des deux tiers de la capitale.
Les galeries commerciales de la toile clignotent de mille feux pour attirer le cyber-chaland et engranger du clic générateur de bandeaux publicitaires.
Pourtant, une étude d'Andersen Consulting montre qu'un quart des tentatives d'achat en ligne ne peuvent aboutir parce que les sites commerciaux ne sont pas prêts ou sont mal construits.
Quant à nos braves sénateurs, ils utilisent des produits... Microsoft pour mener leur sainte croisade en faveur d'Internet et des... logiciels libres !
Dès lors, comment les croire lorsqu'ils tentent de nous expliquer que nos propositions en ligne ont été prises en compte dans les modifications apportées à leur projet de Loi ! Leur crédibilité en prend un sérieux coup, non ?
L'Internet représente un enjeu économique, social et culturel majeur, c'est un fait désormais établi. Mais est-il bien nécessaire, au moment du passage symbolique à l'an 2000 qui marque notre entrée dans la société de l'information, de répéter les sempiternelles erreurs du passé dictées par l'appât du gain ou du pouvoir : publicité trompeuse, voire arnaque, mauvaise foi, démagogie...

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Internet Actu 17, jeudi 6 janvier 2000

Le calme après la tempête ?

Nous redoutions la paralysie de nos systèmes informatiques, nous avons été privés d'électricité, de téléphone, de trains. Nous nous angoissions pour des problèmes technologiques, la Nature s'est rappelée à notre bon souvenir, histoire de nous prouver qu'elle resterait toujours plus puissante que tous nos réseaux, nos processeurs, nos logiciels. Le monde attendait le Bogue, la France a eu droit à deux tempêtes quasi tropicales dans leur violence et à une marée noire qui se révèle de plus en plus grave au fil des jours. Triste fin d'année 1999.
Une année particulièrement éprouvante pour les informaticiens qui, après avoir préparé l'arrivée de l'Euro, ont dû mettre les bouchées doubles pour éviter la pagaille du passage des systèmes à l'an 2000. Pour l'instant, ils semblent avoir réussi. Le Bogue a battu retraite. Fait-il semblant d'hiberner pour mieux nous surprendre ou a-t-il renoncé face à l'invincible armure dont ils ont habillé leurs ordinateurs ?
Une année tout aussi difficile pour Microsoft, accusé d'abus de position dominante par la justice de son propre pays. Cette décision va-t-elle favoriser le développement d'une offre alternative souhaitée par les pouvoirs publics : MacOS (convalescent début 1999, Apple débute 2000 en grande forme), distributions Linux ?
Que nous réserve 2000 ? Un bogue à retardement ? Une implosion de la bulle financière qui entoure les valeurs Internet sur les grandes places financières, et que préfigure peut-être la chute des cours en ce début d'année ?
Ou bien sera-t-elle, comme on s'y attend, "l'année Internet", marquée par la montée en puissance des débits des réseaux (avec la généralisation de l'ADSL), la baisse des tarifs de connexion grâce au dégroupage attendu de la boucle locale, le vrai décollage du commerce électronique que l'on nous a annoncé en 1999 (d'ailleurs, est-ce vraiment souhaitable ?), l'explosion des technologies mobiles (GSM troisième génération, WAP...), la réalisation de la fameuse convergence que l'on nous annonce également depuis quelques années ? Sans compter la question essentielle : l'humanité saura-t-elle faire d'Internet un outil de progrès social ?
Espoirs... Inquiétudes... Allez, le monde ne change pas en un jour, d'un 31décembre à un premier janvier, fût-il 2000 ! Le monde sera toujours le monde, avec ses tempêtes et ses pot au noir, ses coups de coeur et ses coups de gueule, ses bons, ses brutes et ses truands.

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Internet Actu 28, jeudi 23 mars 2000

Un "word" de trop chez Microstress

Vous utilisez Word ? Tapez "Anti-stress" et demandez au correcteur orthographique de vérifier si vous ne vous êtes pas emmêlé le clavier entre le A capital et le trait d'union. Docile, le correcteur vous propose une correction : "Anti-arabes". Voilà qui devrait faire plaisir à MM Le Pen, Mégret et consort.
Quand "Anti-infectieux" est proposé à la place de "Anti-Internet", on sourie et on en profite pour mettre à jour son... anti-virus. Quand "Anti-effraction" ou "Anti-crevaison" est proposé à la place de "Anti-africain", on commence à avoir des doutes. Quand on en arrive à "Anti-arabes", on rie jaune (sans connotation aucune) !
Microsoft a beau se justifier en mettant ces "bavures" de langage sur le dos des algorithmes et parler d'une "erreur de fonctionnement du vérificateur d'orthographe", on se demande vraiment comment "Anti-arabes" est arrivé dans cette Wordesque galère. Sorti des explications "techniques", le communiqué de Microsoft qualifie de "regrettable" que le dictionnaire de Word intègre ce "mot du langage utilisé couramment".
On se demande qui fréquentent les développeurs de la firme de Redmond pour inclure un "mot du langage" qui n'est couramment utilisé que par une frange réduite de la population, n'en déplaise à MM...
N'étant pas "Anti-américain" -- d'ailleurs, Ô surprise, ce mot est inconnu de Word ! --, nous informons tous les stressés de Microsoft que Star Office, la suite bureautique de Sun, est téléchargeable gratuitement.

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Internet Actu 29, jeudi 30 mars 2000

Pigeon voyageur

Dans sa "Grosse Coupure" (à lire sur "internetactu.com", dont on ne signalera jamais assez qu'il n'est PAS la version Web d'Internet Actu, mais son complément), Ben&Fils pose et repose la question : à quoi sert Internet ? "C'est une excellente question, et je vous remercie de l'avoir posée", commentait naguère un certain Président de la République lorsqu'il ne voulait pas répondre.
Non seulement Ben&Fils pose la question, mais il la pétrit comme pâte à pizza, la triture en tous sens, la passe à la moulinette de la pensée de Marc-Aurèle, d'une lancinante réplique du Silence des Agneaux et de la stratégie du jeu de go selon Toshiro Kageyama. Et d'appeler à un salutaire retour aux "fondamentaux d'Internet". Tout cela pour conclure que "la réponse dominante", à savoir "à gagner de l'argent, de l'audience et du pouvoir", n'est peut-être pas la bonne.
Alors à quoi sert Internet ?
A faire de l'argent ? Certainement, le fulgurant développement du commerce électronique en témoigne. A faire de l'audience ? Egalement, puisqu'audience égale argent, ce qu'ont fort bien compris les grands portails et... les capitaux-risqueurs qui font la fortune du Nasdaq. A gagner du pouvoir ? Tout autant, puisque le pouvoir, c'est l'information.
C'est tout ? Non, et c'est heureux.
Internet ne serait pas ce qu'il est sans ce qui constitue sans doute la plus belle invention après le pigeon voyageur, ancêtre du facteur : le mail.
Le mail qui, demain, sera aussi mobile que le pigeon, avec l'Internet sans fil, dont on nous annonce l'avenir radieux. Internet ne s'est pas encore imposé qu'il fait déjà sa révolution. Quelle santé !
Internet ne serait pas non plus ce qu'il est sans l'invention de la page perso qui donne soudain la possibilité au sans-grade, à l'anonyme, à l'obscur de s'exprimer au grand jour numérique. Cette liberté n'a pas de prix, même si, l'homme restant l'homme, c'est-à-dire un être faible et corrompu, elle donne lieu à certains débordements. Prions pour que les Etats, les régulateurs, les Echelon, mais aussi les assoiffés d'argent, d'audience et de pouvoir n'étouffent pas cette précieuse spontanéité.

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Internet Actu 30, jeudi 6 avril 2000

Avertissement aux batraciens du Net

La grenouille de la "nouvelle économie" qui se voulait faire aussi grosse que le boeuf de "l'ancienne" se serait-elle brusquement assagie ? Chancelante depuis quelques semaines, la bulle Internet a brusquement connu une chute de pression ces derniers jours, aidée par... Microsoft, en plein trou d'air juridique.
Faut-il s'en réjouir ? Je le crois. Mieux vaut une correction en douceur qu'une implosion aux répercussions inquiétantes pour l'économie toute entière, à commencer par le marché de l'emploi, encore malade sur le Vieux Continent, et notamment en France. Une telle implosion nous aurait replongés dans une crise dont nous sortons à peine, et aurait cassé net la croissance retrouvée, comme la tempête de Noël dernier a brisé net les troncs de nos arbres.
Le fait que Bill Clinton ait invité les ténors de la Net Economie à la Maison-Blanche (y compris Bill Gates) dénote bien cette inquiétude de voir une crise grave mettre par terre sept ans de vaches grasses.

Est-ce pour autant la fin du miracle ".com" ? Je ne le crois pas. Simplement, d'un certain mirage.
Le recul des valeurs high tech montre que les marchés financiers (sans doute aidés par les avertissements de quelques gourous, et échaudés par la crise asiatique) sont plus sages qu'on aurait pu le croire. Sésame magique du capital-risque ces derniers mois, ". com" ne rime plus obligatoirement avec ".$".
Il ne suffit plus d'annoncer son intention de monter un site pour y vendre... la même chose que l'épicier du coin, pour que les investisseurs en chasse de plus-values rapides se précipitent. Il faut désormais proposer un concept innovant correspondant à un réel besoin du cyber consommateur, c'est-à-dire tout bêtement à un marché, et apportant une vraie valeur ajoutée. Réinventer le fil à couper le beurre, fût-il électronique, n'est pas tenable.
L'argent est le nerf de la guerre, dit-on. Or, les nerfs véhiculent certes le plaisir, mais aussi la douleur. Avis aux batraciens du Net...

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Internet Actu 31, jeudi 13 avril 2000

Nightmare.com

Cette nuit, j'ai fait un terrible cauchemar. Un cyber cauchemar.
J'ai rêvé que Stephen King se faisait pirater sa dernière oeuvre publiée uniquement sur le Web.
J'ai rêvé qu'un tribunal allemand décidait que "uriner de manière virtuelle" sur son cyber-voisin de toile relevait de la liberté d'expression.
J'ai rêvé que Microsoft refusait de céder aux autorités anti-trust (je n'ai pas dit anti-stress !) américaines.
J'ai rêvé que la patronne de World Online magouillait avec ses stock options pour s'en mettre plein le compte-en-Suisse.
J'ai rêvé que le Nasdaq plongeait.
J'ai rêvé que les golden boys des années quatre-vingts s'étaient réincarnés en jeunes "webusiness men" prêts à vendre père, mère, frère, soeur pour que l'on parle de leur "site.com".
J'ai rêvé que Yahoo! vendait en ligne des objets certifiés nazis.
J'ai rêvé qu'Edouard Balladur se faisait "émanciper" son site de campagne électorale.
J'ai rêvé que des maîtres chanteurs avaient baptisé leur site porno du nom du premier ministre irlandais et demandaient un million de dollars à celui-ci pour lui en céder le contrôle.
J'ai rêvé qu'Internet était devenu un grand bazar commercial, une foire d'empoigne, un piège à fric...
J'ai rêvé que le Web se transformait en araignée géante prête à dévorer des millions d'internautes réduits à la taille de grains de sable.

Je me suis réveillé en sueur, terrorisé. Internet était devenu le jouet du diable.
Pour me rassurer, j'ai allumé mon ordinateur, et parcouru les dernières nouvelles.
Horreur ! Le cauchemar était là, bien réel, sur mon écran...

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Internet Actu 32, jeudi 20 avril 2000

La Bête Immonde tapie sous la Toile

Mercredi 19 avril, alors que Jean Mattéoli venait de rendre son rapport sur la spoliation des Juifs de France pendant l'Occupation, commandé dans un louable effort de reconnaître, sinon de réparer, un des plus horribles épisode de l'histoire de ce siècle, le site de communauté français Multimania paraissait devant le Tribunal de Grande Instance de Nanterre, assigné par l'Union des Etudiants juifs de France, pour avoir hébergé un site nazi baptisé NSDAP, des initiales mêmes du parti hitlérien.
Voici donc de nouveau posé le problème de la responsabilité des hébergeurs quant au contenu qu'ils hébergent, et surtout, de la régulation du Web contre les dérives que constituent racisme, pédophilie et autres violences humaines.
1.500 sites nazis brandiraient leurs svastikas sur le Web. Certains des plus grands sites du Web -- les Amazon et les Yahoo! -- n'hésitent pas à profiter (au sens premier du terme) de ce répugnant "marché" alors que leur rang leur impose un devoir de "leadership moral" en quelque sorte.
Quelle position adopter contre la Bête Immonde aujourd'hui tapie sur la Toile ?
Faut-il fermer les yeux contre ces miroirs de la face la plus noire de l'âme humaine, au nom de la liberté d'expression ? Ou faut-il au contraire réguler, c'est-à-dire pouvoir interdire, quitte à passer pour répressif, et se voir ranger dans la même catégorie que ceux que l'on entend dénoncer ?
Le problème est certes vieux comme le monde, ou du moins comme l'humanité. La liberté collective tend à nier la liberté individuelle, qui s'arrête elle-même où commence celle d'autrui. Il se trouve qu'il est pourtant relativement nouveau -- et de plus en plus urgent -- sur Internet.
Régulation, co-régulation, dérégulation... Il faudra bien trancher, clairement, sans démagogie libertaire ou autoritaire.
Et rapidement car la Bête Immonde ne somnole que d'un oeil, cachée entre les fils de la Toile, prête à bondir.

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Internet Actu 33, jeudi 27 avril 2000

E-commerce ou... e-marketing ?

Quelle différence y a-t-il entre les 3-Suisses d'il y a vingt ans et les services de e-commerce actuels qui étalent leurs noms barbares sur les taxis citadins ? Aucune ! Le e-commerce est né au début du siècle aux Etats-Unis, lorsque les fermiers du Middle West pouvaient faire leurs achats -- de la robe de madame aux outils de monsieur en passant par la poupée de la petite dernière -- en commandant à partir du légendaire catalogue de Sears & Roebuck, qui trônait en second, après la Bible, dans les foyers américains de l'ère Henri Ford, et qui a fait rêver plusieurs générations de "Okies".
A l'époque, on commandait par la poste, et on patientait longtemps avant que n'arrive le colis tant attendu.
Beaucoup plus tard, les vépécistes ouvrirent des centres d'appels téléphoniques et des services Minitel, sans, puis avec paiement direct par carte bancaire.
Aujourd'hui, c'est la même chose, à la seule différence près qu'un nouveau canal de transaction est apparu, plus convivial, plus ergonomique, beaucoup plus puissant, et désormais mobile : Internet. Pour le reste -- le beefsteak, le tube d'aspirine, l'essence de la voiture, le PC ou le canapé du salon --, rien n'a vraiment changé. Il faudra toujours des camions pour livrer la marchandise commandée. Et encore y a-t-il fort à parier que le consommateur préférera toujours palper de ses mains ce qu'il envisage d'acheter. Imagine-t-on un instant que la ménagère va acheter sa lessive sur Internet !
Le BtoB, ces fameuses plates-formes de commerce interentreprises à l'échelle planétaire ? Rien d'autre que des extranets géants permettant d'associer fournisseurs et clients.
Certes le Web est 100 fois plus convivial que le Minitel, mais le fondement même de l'offre n'a guère changé. Et l'on sait que depuis sa naissance, la VPC ne dépasse pas au mieux 10% de la consommation globale.
Si "révolution" il y a, elle concerne uniquement les échanges de biens et de services numérisables, dématérialisés : un livre téléchargeable, un morceau de musique au format MP3, un logiciel ou un jeu vidéo, un film (bientôt), un billet de théâtre ou un voyage, mais aussi la consultation et la gestion de son compte bancaire ou de ses polices d'assurance (déjà possibles depuis plusieurs années par Minitel)...
Alors pourquoi nous bassine-t-on à longueur de journée avec ce satané e-commerce qui attire le capital-risque comme le sucre attire les fourmis ? Je ne me rappelle pas d'un tel bourrage de crâne du temps du lancement de cet Internet à la française maladroit que fut le Minitel.
Parce que plus qu'un nouveau mode de vente ou qu'un nouveau canal de distribution, Internet constitue un fantastique vecteur publicitaire (quelle marque n'a pas aujourd'hui son site vitrine, sorte de tête de pont des têtes de gondoles du supermarché du coin ?), et surtout, un redoutable outil de marketing "one to one". La multiplication des cas de sites de e-commerce qui recueillent -- au mépris du droit de l'homme à suivre l'adage bien connu "pour vivre heureux, vivons caché" -- toutes sortes d'informations afin de dresser le profil précis de leurs visiteurs-consommateurs potentiels montre bien que c'est exactement là que se dirige d'abord le e-commerce : remplir nos boîtes aux lettres électroniques d'offres alléchantes, comme la VPC encombre nos boîtes réelles de prospectus divers (à la grande satisfaction de La Poste qui en vit largement !).
Le e-commerce ? Un système Echelon voué au bizness !
Très peu pour moi...

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Internet Actu 34, jeudi 4 mai 2000

Liberté, liberté chérie...

Information censurée ou "dictée", journaux saccagés ou fermés, journalistes intimidés, embastillés, torturés ou assassinés... A l'aube du troisième millénaire, la liberté de la presse, dont c'était hier la dixième Journée internationale, reste une utopie dans bon nombre de pays de notre chère planète.
Le rapport annuel de Reporters sans Frontières, qui fête cette année ses quinze ans d'existence, recense des atteintes à la liberté de la presse dans pas moins de... 133 pays !
En 1999, 36 journalistes ont été tués dans l'exercice de leur profession ou pour leurs opinions.
Aujourd'hui, 84 journalistes croupissent en prison.
Voici ce qu'on peut lire, entre autres, sur le site de RSF, à propos du Rapport annuel de l'organisation "La liberté de la presse dans le monde en 1999" : "Près de la moitié des Etats qui siègent aux Nations Unies persistent à faire main basse sur les médias audiovisuels alors qu'une vingtaine de pays dans le monde peuvent être considérés comme de véritables ennemis d'Internet. Leurs gouvernements contrôlent les fournisseurs d'accès, mettent en place des filtres qui bloquent les sites jugés indésirables ou punissent sévèrement les cyber-dissidents."
De son côté, l'Institut international de la Presse (IPI) qui fête, lui, ses 50 ans cette année et dont le siège est en Autriche, a stigmatisé l'attitude des Etats vis-à-vis des éditeurs électroniques, lors de son congrès de Boston, du 30 avril au 3 mai. Les 500 représentants, venus d'une centaine de pays, ont dénoncé la surveillance, voire la censure (des amendes impossibles à payer, comme en Yougoslavie, à la décision arbitraire de fermeture, comme en Iran), dont sont victimes certains médias en ligne dans de nombreux pays, au mépris de l'article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948.

De trop nombreux Etats ont en effet bien compris qu'Internet, comme RSF, ne connaît de frontières et permet d'échapper à la censure. Beaucoup de journalistes ne s'en sont pas privé, qui diffusent sur le Web des articles "interdits" de publication papier dans leur pays.
En Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Asie, mais aussi en Europe, notamment à l'Est, les ministères de l'Information concernés s'efforcent désormais de juguler le Net pour faire taire ces confrères qui prennent souvent de grands risques pour informer le monde de certaines réalités de leur pays occultées par le pouvoir en place.
Excommunication d'autant plus facile qu'à la différence de son aînée papier, la jeune presse électronique, moins connue du "grand public", peut encore être censurée de manière relativement inaperçue.
"Les médias d'information dans le cyber-espace doivent disposer des mêmes droits à la liberté d'expression que les médias traditionnels", a déclaré l'IPI.
Nous ne saurions dire à quel point nous sommes d'accord avec ce voeu dont nous espérons qu'il ne restera pas pieux... trop longtemps.

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Internet Actu 35, jeudi 11 mai 2000

I love... Windows

Numéro d'Internet Actu un peu inhabituel cette semaine, avec une Une-Dossier consacrée à la nouvelle peste numérique : I Love You. Malgré un flash d'alerte spécial, trop hâtivement diffusé jeudi dernier, nous avions "raté" l'affaire. Nous nous rattrapons aujourd'hui après une semaine de recul et d'enquête.

I Love You laissera des traces, c'est certain. La pire conséquence de l'épidémie, vus sa virulence et son coût économique inégalés à ce jour, serait que les réseaux et les entreprises décident de mettre en place des outils de barrage et de filtrage des messages électroniques qui porteraient un coup fatal à ce qui fait la grandeur du Net : la libre circulation des informations. Car, à n'en pas douter, le prochain virus sera plus dévastateur encore.
S'il fallait, demain, faire passer ses mails par un sas de détection de virus et de décontamination, ou devoir posséder la permission, par mot de passe ou par un autre procédé, de communiquer avec telle personne de telle entreprise ou de telle organisation, ce serait un grave retour en arrière.

Au moment où Microsoft tente pas tous les moyens d'éviter un démantèlement, il est intéressant de noter que les ravages planétaires de I Love You sont directement proportionnels aux parts de marché détenues par les membres de la famille Windows qui, en intégrant Internet Explorer, sont automatiquement dotés de l'ActiveX exploité par le virus. Intégration qui constitue le coeur de la bataille juridique opposant Microsoft à l'anti-trust américain. I Love You aurait pénétré dans 90% des entreprises américaines. Or, le couple Windows-IE équipe justement 90% des PC de la planète !
Et dire qu'il y a quelques jours, Bill Gates expliquait qu'une démantèlement de Microsoft serait dangereux pour la sécurité informatique !

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Internet Actu 36, Jeudi 18 mai 2000

G8 : beaucoup de bruit pour rien ?

Sans l'épidémie de la Lettre d'Amour empoisonnée quelques jours plus tôt, la réunion du G8 sur la cybercriminalité, dont l'objet était d'initier une coopération gouvernements-entreprises, serait passée presque inaperçue tant ce type de rencontre internationale ne débouche habituellement sur aucune décision concrète.
"Cette réunion confirme une prise de conscience par les gouvernements et les entreprises des enjeux de la sécurité des systèmes et des réseaux", résume Henri Serres, le patron de la Direction de la Sécurité des Systèmes d'Information française, présent à la conférence. Il était temps, est-on tenté de commenter.
La sécurité des systèmes et réseaux est en effet devenue un enjeu économique de premier ordre, directement quantifiable en $US. Jamais Bill Clinton n'a tant parlé de sécurité sur Internet que depuis les attaques massives qui ont paralysé quelques-uns des plus beaux fleurons de la nouvelle économie, les Yahoo! et Amazon, il y a trois mois. Sans sécurité, la nouvelle économie reste fragile.
Parfait, mais ensuite ?

Ensuite, les entreprises ayant clairement refusé de se transformer en "auxiliaires de police", et la France, résumant peu ou prou la position européenne, ayant rejeté l'éventualité d'une cyberpolice supranationale (donc suspecte d'être à la solde des Etats-Unis), on ne voit pas très bien comment les Etats pourront lutter efficacement contre un cybercrime qui ne connaît, lui, pas de frontière.
On mesure une fois encore le décalage existant entre la mondialisation -- largement accélérée par Internet -- et la volonté des Etats de préserver leur souveraineté nationale.
Dans le cas de la cybercriminalité, comment traquer des pirates capables de lancer leurs attaques et leurs virus simultanément depuis des ordinateurs disséminés sur le réseau, en restant prisonnier de ses frontières politiques et juridiques.
On rétorquera qu'après tout, Interpol ne marche pas si mal que ça. Certes. Mais c'est sur le plan juridique que les choses se compliquent. On voit déjà ce que cela donne au sein même de l'Europe, entre la France et le Portugal, en ce qui concerne la demande d'extradition du tueur des trains, Sid Ahmed Rezala.
Au plan mondial, sans législation uniforme, il y a fort à parier qu'apparaîtront des cyberhavres, comme il existe déjà des paradis fiscaux savamment utilisés par les mafias.
Alors Internet est-il condamné à "faire avec" le cybercrime ? Sans doute. Comme nous sommes obligés de "faire avec" les voleurs, les violeurs et les assassins dans la vie "réelle".
Ne soyons pas naïfs. Après tout, comme le reste, Internet n'est et ne sera que ce qu'en fait l'homme, c'est-à-dire quelque chose de nécessairement imparfait. Il n'y a d'anges sur terre, que les "business angels" !

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Internet Actu 42, jeudi 29 juin 2000

Perfide BT

En fouillant dans ses cartons, BT (ex-British Telecom) a récemment découvert un vieux brevet déposé au Etats-Unis en 1974 mais accordé seulement en 1989, dont il s'est aperçu qu'il porte entre autres sur le concept du lien hypertexte, véritable clé de voûte du Web (IA Flash 49). Et l'opérateur d'outre-Manche d'attaquer en justice les fournisseurs d'accès à Internet aux Etats-Unis pour contrefaçon de son brevet. Et de leur réclamer le paiement d'une licence.
Le brevet en question pourrait rapporter des milliards à BT. Mais surtout étouffer net le développement du Web.
Voilà une affaire qui rappelle étrangement celle du Gif d'Unisys (IA 2 et IA 3). Voilà surtout une illustration éclatante de ce que pourrait donner l'importation en Europe de la brevetabilité des logiciels à l'américaine !
Aujourd'hui la législation européenne interdit de breveter les programmes informatiques. Mais demain ?
Sous la pression des Etats-Unis, Bruxelles pousse en effet les gouvernements européens à revoir leur législation et à rendre d'ici six mois les logiciels brevetables. Or, des milliers de brevets logiciels sont en attente au Bureau européen des Brevets.
On imagine le désastre : incertitude juridique permanente qui bloquerait l'innovation, constitution de monopoles sur les standards Internet qui bloqueraient la concurrence.

C'est ce contre quoi tente de lutter EuroLinux, qui a lancé une pétition contre un tel danger (IA Flash 45). Selon cette association d'éditeurs européens de logiciels, "la plupart des start-up Internet européennes se retrouveraient en contrefaçon de brevets si elles utilisaient des techniques désormais aussi "universelles" que les feuilles de style HTML (Microsoft), les programmes d'affiliation (Amazon), l'achat en un click (Amazon), le Wap (GeoWorks), ou le contrôle de la vie privée par P3P (Intermind)", dont il est par ailleurs question dans ce numéro.
Alors que le monde en général et les Etats-Unis en particulier viennent de décider que la carte du génome humain devait être librement utilisable par les chercheurs et les laboratoires pharmaceutiques, on voudrait aller à l'opposé en ce qui concerne les logiciels. Parce qu'il y a là des milliards à gagner ? Si tel était le cas, Internet en ferait les frais.
Au moment où se pose de manière de plus en plus pressante la question de savoir comment éviter le creusement du fossé numérique entre aisés et défavorisés dans les pays industrialisés, et plus largement entre pays riches et pays en développement (IA Flash 53), la brevetabilité des logiciels en Europe constituerait à n'en pas douter un pas en arrière dans le développement d'une société de l'information accessible au plus grand nombre.
Toujours le cruel dilemme entre intérêts particuliers (profit) et intérêt général (progrès). Celui de l'humanité en l'occurrence...

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Internet Actu 43, jeudi 6 juillet 2000

Perfide Albion contre plateau d'Albion

Fin mai, c'est maintenant officiel, le parquet de Paris a ouvert une enquête "préliminaire" sur les activités du réseau d'espionnage électronique anglo-saxon Echelon (lire dans IA 23) piloté par la NSA américaine, à la suite d'une lettre de l'ex-juge Thierry Jean-Pierre, aujourd'hui député européen. C'est la DST (Direction de la surveillance du territoire), autrement dit le contre-espionnage français, qui est chargé d'établir si Echelon porte "atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation et atteinte au secret des correspondances émises par voie de télécommunications", selon les articles 411-6 et 226-15 du Code pénal. Si cette enquête prouve qu'Echelon porte effectivement atteinte aux intérêts français (et particulièrement à ceux de nos grandes entreprises, comme Thomson ou Airbus, dont certains rapports affirment qu'elles auraient perdu de gros contrats au profit de leurs concurrentes américaines parce qu'Echelon les "écoutait"), elle pourrait alors déboucher sur l'ouverture d'une information judiciaire et la désignation d'un juge. Si...
Parallèlement, la Commission de la Défense de l'Assemblée nationale a créé fin février une mission d'information dont le rapporteur est le député UDF du Var Arthur Paecht.
Enfin, hier, le Parlement européen a -- timidement -- voté la création d'une commission "temporaire" chargée de faire le point sur l'implantation d'Echelon en Europe.

Préliminaire", "temporaire"... Dans cette affaire, tout le monde marche sur des oeufs. Interrogé, Arthur Paecht ne souhaite pas s'exprimer, préférant mener ses investigations à l'abri des regards des médias. Il s'étonne même : aucune des entreprises françaises que l'on soupçonne d'avoir été "espionnées" n'a porté plainte...
Pourquoi tant de prudence ? Parce que certains intérêts supérieurs dictent de ne pas irriter le gendarme du monde ? Sans doute. Parce que le Royaume-Uni, membre de l'Union européenne, constitue le deuxième pilier d'Echelon ? Sans doute aussi. Mais ce n'est pas tout. Pas mal d'autres pays européens n'ont pas non plus intérêt à ce que l'on creuse trop cette affaire parce qu'ils "hébergent" des installations du réseau Echelon : l'Allemagne, la Hollande, le Danemark...
Mais c'est peut-être en France qu'on a encore moins intérêt qu'ailleurs à ce qu'une véritable enquête soit menée. La France opère son propre réseau d'espionnage électronique, déjà baptisé "Frenchelon" par les Anglo-Saxons. Une quinzaine de stations d'écoute sont installées sur le territoire métropolitain (dont une sur le plateau d'Albion, et une autre à Domme en Dordogne), dans les DOM-TOM et au Moyen-Orient. Difficile dans ces conditions d'accuser autrui de se livrer aux mêmes petits jeux que l'on pratique soi-même, non ?

En tout cas, nos très flegmatiques voisins d'outre-Manche, champions de longue date du renseignement (le fameux "intelligence"), qui, comme l'explique Arthur Paecht, "ont formé les Américains dans ce domaine", ne semblent pas s'émouvoir : James Bond, alias Sean Connery, vient d'être anobli par Sa Gracieuse Majesté...

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Internet Actu 44, jeudi 13 juillet 2000

Le mythe de CiSi ?

S'il est une chose qu'on ne peut contester à Lionel Jospin, c'est sa volonté politique, exprimée depuis Hourtin 1997, de voir la France rattraper son retard en matière de TIC et figurer dans le peloton de tête des pays "numérisés".
Mais pas à n'importe quel prix ! Le train de mesures - aussi nombreuses qu'ambitieuses - officialisé le 10 juillet à l'issue du troisième Comité interministériel sur la Société de l'information (CiSi) est en effet placé sous le signe de la solidarité numérique.
Ce louable souci d'éviter l'apparition d'une France à deux vitesses coupée en deux par un "fossé numérique" se combine avec celui de combler un autre fossé, celui qui sépare l'Hexagone des pays les plus en pointe dans le domaine, à commencer par les Etats-Unis. Mais aussi celui de voir la France, qui vient de prendre la présidence de l'Union européenne, agir pour réduire celui qui divise le Nord et le Sud.
La France avait "magnifiquement" raté la révolution industrielle informatique ; elle n'entend pas rater celle d'Internet et de la nouvelle économie.
La "réduction du fossé numérique" se combine ainsi avec l'ambition de doter la France des moyens nécessaires pour préparer l'avenir technologique : formations de haut niveau, recherche, innovation.

Mais tout commence au berceau, ou du moins à l'école primaire. C'est précisément là, dans ce ministère de l'Education nationale qui n'en finit pas de faire sa révolution depuis des décennies avec les difficultés chroniques que l'on connaît, que se joue l'avenir numérique de la France. Et c'est sans doute là que le plan 2000-2003 inauguré par ce troisième CiSi sera le plus laborieux à mettre en oeuvre.
On aura beau équiper et connecter "100%" des établissements scolaires à coups de centaines de millions de francs (ce qui, concède Jack Lang, ne signifie jamais qu'un accès Internet par école, même pas par classe), il faudra d'abord que les cadres et les enseignants de la noble institution opèrent leur propre révolution culturelle numérique.
L'accès ne fait pas obligatoirement l'usage ! Imaginons (ce n'est, hélas, pas difficile !) ces ordinateurs connectés à Internet dans les écoles, sans professeur suffisamment formé non seulement pour encadrer techniquement les élèves mais surtout pour intégrer Internet dans leur programme pédagogique, c'est-à-dire pour faire du Web un nouvel outil d'enseignement et d'apprentissage à part entière, aussi essentiel que le manuel scolaire papier d'aujourd'hui.
On ne peut s'empêcher d'évoquer les conclusions de l'étude de Market Data Retrieval citées dans IA 43, qui dévoile que "malgré le raccordement de 95% des écoles américaines à Internet, plus de la moitié des enseignants du primaire et du secondaire ne s'estiment pas prêts à inclure les nouvelles technologies dans leurs cours. Beaucoup se sentent intimidés face à un ordinateur, surtout quand leurs étudiants sont plus expérimentés qu'eux" !
Pour cette révolution-là, l'argent du contribuable ne suffira pas.

L'accès ne fait pas non plus l'usage hors de l'école ! Imagine-t-on un instant qu'un petit tour de temps en temps dans un des 7.000 "espaces publics numériques" prévus par le gouvernement, ou qu'une adresse électronique "@laposte.net" suffiront à imposer Internet, notamment dans les couches défavorisées de la population ? Au lieu d'orchestrer ainsi une sorte d'hyperzapping populaire, ne faudrait-il pas mieux accentuer davantage l'effort sur l'accès individuel à l'équipement et au réseau : prix du matériel, tarifs de connexion...

Enfin, la société de l'information n'est pas inéluctable. Elle doit être choisie, et surtout débattue. Plusieurs types d'appropriation d'Internet ont déjà fait leurs preuves en matière d'expression sociale. Aussi les gouvernements seront toujours preneurs de bonnes idées, à condition que le citoyen-internaute prenne la parole pour dire quelle société de l'information il souhaite : celle du libre accès à l'information, à la culture et à la communication, ou celle du e-commerce sauvagement libéral ? Celle de feu Altern, ou celle de Toysmart ?

L'Internet pour tous ne serait-il qu'un mythe ? Quand bien même parmi les moins bien lotis, économiquement, socialement, intellectuellement, certains parviendraient à s'approprier les outils Internet et multimédia, les plus favorisés auront toujours une longueur d'avance.
Tenter de réduire le fossé numérique, oui. Le combler, impossible !

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Internet Actu 45, jeudi 20 juillet 2000

G8-Inet2000 : même combat

En moins d'une semaine, le Japon aura rassemblé le gratin mondial de l'économie et de l'Internet : les dirigeants et les membres de l'Internet Society, réunis pour leur dixième conférence annuelle à Yokohama (lire en Une), et les gouvernants des huit pays les plus puissants de la planète, réunis ce week-end dans l'île d'Okinawa.
Si les nouvelles technologies de l'information, et particulièrement Internet, sont naturellement au coeur des débats et conférences d'Intet2000, il semble bien qu'elles seront aussi au centre des discussions du G8. Ou plutôt, l'absence ou l'insuffisance d'accès à ces nouvelles technologies dans bien des pays défavorisés.
Car d'un côté comme de l'autre, les décideurs publics et "privés" sont de plus en plus sensibles au danger que représente, pour la prospérité mondiale -- raison d'être affichée du G8 --, le fameux "fossé numérique" entre pays "branchés" et pays privés de révolution numérique. Cette même "fracture" qui, en France, préoccupe tant le gouvernement et qui a guidé le nouveau plan annoncé il y a dix jours lors du troisième CiSi.
L'Inet2000 n'a-t-il pas fait sienne la formule "Global Distributed Intelligence for Everyone" (l'intelligence, sous-entendu numérique, à la porté de tous) ?
Même les membres du très sélect Forum économique de Davos s'inquiètent de cette inégalité, et recommandent aux dirigeants du G8 de tout faire pour que le fossé naissant ne se transforme en gouffre infranchissable, notamment en ne perdant pas de vue que cette fracture est également le fruit du profond fossé éducatif qui séparent déjà pays riches et pays en développement.
La société de l'information commence à l'école, certes. Mais il est grand temps que les discours ambiants soient suivis d'une action concertée d'envergure planétaire, en termes d'investissements financiers.
Si l'on veut faire de l'école la porte d'entrée dans la société de l'information, il faut d'abord équiper les régions numériquement sous-développées et déployer les infrastructures de réseaux sans lesquelles Internet reste hors de portée. Rapporté à l'échelle de la planète, l'effort consenti par le CiSi représenterait une enveloppe de 300 milliards de francs. A peine plus que ce que France Télécom a déboursé pour Orange...
Peut-on rêver qu'un tel espoir naisse cette semaine au Japon ?

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Internet Actu 46, jeudi 27 juillet 2000

Le spam qui pollue plus sale que sale

Vous l'avez reçu ? Reçu quoi ? Ben, le spam qui va changer la face du Web. Comment ça, quel spam ? Ben, le communiqué de l'agence de pub Saatchi & Saatchi (à vos souhaits !) annonçant la révolution dans "l'univers de la communication de la lessive" ! Non ? Hé bien tant mieux pour vous : vous ne faites pas partie des 55.000 malheureux qui, sans rien demander à personne, se sont fait fourguer par mail l'URL du nouveau site d'Ariel Essential (de Procter & Gamble), lequel vient d'inventer un nouveau concept : "l'advertainment" !

Nous, nous l'avons reçu, cet éloquent document. Et je ne résiste pas au plaisir de vous en faire partager toute la subtilité :
"Quand Saatchi & Saatchi Interactive révolutionne l'univers (l'Unilever ?) de communication de la lessive. Dans le cadre du lancement d'Ariel Essential, Saatchi & Saatchi Interactive présente un mini-site d'animations : (là, nous censurons volontairement le nom du site). Ces 6 "goodies", à télécharger ou à "consommer sur place" mettent en avant le nouveau concept de la marque : La Vitalité. L'utilisation de l'adverteinment (plutôt "advertainment", mais passons sur cet écorchage orthographique pourtant surprenant de la part d'une boite d'origine anglo-saxonne, comme son nom ne l'indique pas) permet à Ariel de communiquer auprès de la cible spécifique des "early adopters" en utilisant leurs codes : humour, univers cartoon, interactivité..."
Ca existe, les codes culturels des "primo-utilisateurs" de lessive ? A quoi ça ressemble ? Ca me rappelle une histoire de rillettes...

Si vous alliez sur ce site que je ne peux décemment pas me résoudre à vous communiquer, vous trouveriez six animations flash que même un gosse de cinq ans trouverait débiles. "Consommer sur place" ces âneries vous pomperait quelques minutes de téléchargement sur une ligne à plus de 750 Kbit/s. Imaginez un peu sur une connexion résidentielle de base à 56 Kbit/s ! C'est pas grave, c'est vous qui payez !
Et vos copains puisqu'on ne recule devant rien en vous proposant d'envoyer l'adresse dudit site (non, je refuse toujours...) "à un ami", non sans avoir renseigné vos nom et adresse mail ainsi que ceux dudit ami.
De quoi spammer de plus belle ! Hé oui, nous y voilà :
"D'ores et déjà, l'URL a été envoyée, via e-mail, à 55.000 de ces "early adopters" (vous avez bien lu : pas 500 ni 5.000, non, 55.000 ! Super moteur de spam qu'ils utilisent chez Atchoum & Atchoum !) Très décalé par rapport aux registres traditionnels de communication d'Ariel, ce mini-site est un acte de pure générosité où la marque offre à sa cible un moment de plaisir gratuit. Avec cette entrée remarquée sur Internet, Ariel Essential s'offre une image résolument novatrice et dynamique."
"Pure générosité", "plaisir gratuit". Ben tiens ! Les publicitaires ont depuis longtemps déjà tendance à nous prendre pour des demeurés, mais alors là, chapeau ! Je serais curieux de rencontrer l'énergumène qui a pondu un tel chef d'oeuvre.

La netiquette pourra-t-elle résister aux rouleaux compresseurs du e-commerce ? Netiquette ? Balayée par la perspective de vendre des millions de barils de lessive. Pas moyen de faire du commerce "proprement", "humainement", en respectant le client potentiel ?
On défigure déjà nos paysages de panneaux publicitaires ; va-t-on continuer sans vergogne à nous polluer le Web à coups d'enchères d'objets nazis, d'animations flash débiles et de spam à grande échelle qui ne sont rien d'autres qu'une autre forme de piraterie ?
Et ça vend de la lessive ! Au lieu d'embellir, ça salit !
Pour une "entrée remarquée sur Internet", ç'en est une !

© Bruno de La Perrière / Internet Actu, 1999/2000

>>> Suite…

Mes éditos dans Internet Actu
(août-décembre 2000)

Internet Actu 47, jeudi 3 août 2000

Attention, danger !

Avec les hauts débits, ces "vraies" autoroutes de l'information qu'on nous promet depuis plusieurs années, le grand enjeu des années qui viennent est l'Internet mobile, celui qui nous suivra partout, sur un terminal qui reste à inventer, ni téléphone mobile ni PDA ni PocketPC. Ce numéro d'Internet Actu témoigne du bouillonnement croissant d'un marché qui se cherche encore mais qui sera à coup sûr extrêmement juteux.
Si juteux qu'il vient d'amener AOL, premier fournisseur d'accès mondial à l'Internet fixe, à dégainer en pariant, semble-t-il, sur la technologie i-mode du japonais NTT-DoCoMo, au détriment du Wap (lire en Une)
Car, bien heureusement, Internet mobile ne rime pas forcément avec Wap ! L'analyste Jakob Nielsen, très écouté spécialiste du Web, n'hésite d'ailleurs pas à annoncer la mort prématurée de ce "standard" transitoire (lire dans IA 44). Le Wap risque fort d'être à l'Internet mobile ce que le Bi-Bop de France Télécom fut au GSM en France : un pis-aller, en attendant mieux. Et ça ne sera pas un mal !
Ce mieux pourrait donc être l'i-mode nippon, ou du moins une technologie s'en inspirant. AOL, lui, semble avoir fait son choix. Si AOL transforme l'i-mode selon sa recette propriétaire et fermée désormais bien rôdée, un monopole de l'Internet mobile est déjà en voie de constitution qui prendrait le monde en tenaille, à partir du Japon et des Etats-Unis.
Pour l'heure, face au retard américain -- une fois n'est pas coutume -- sur l'Internet mobile, le Wap européen reste malgré tout la seule alternative à l'i-mode. Mais pour l'imposer, l'Europe, qui va commencer à déployer ses réseaux mobiles de troisième génération (UMTS), ferait bien de le faire évoluer. Beaucoup et vite. Car pour l'instant, le seul grand mérite du Wap est... d'exister.
A défaut de transformer l'essai Wap, le Vieux Continent risque de rater le train de l'Internet mobile comme il avait raté celui de l'Internet fixe, même s'il rattrape peu à peu son retard.
Bref, on voudrait bientôt entendre : "Le Wap est mort, vive le super Wap !" En attendant, on crie : "Attention, danger !"

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Internet Actu 50, jeudi 31 août 2000

Hourtin, ses pins, ses gens bien

Placée sous le très républicain slogan "Liberté, Egalité, Fraternité", la 21e Université d'Eté de la Communication à Hourtin n'a pas failli à l'une de ses missions : permettre aux "politiques" de faire une rentrée "branchée" en douceur sous le soleil du Sud-Ouest.
Par "politiques", entendons ministres et députés, mais aussi tous ceux qui, hauts fonctionnaires, responsables de collectivités territoriales, consultants et autres "chargés de mission", sans oublier patrons d'entreprises publiques et privées, gravitent d'une manière ou d'une autre dans les sphères de l'Education nationale, de la Culture, de l'Audiovisuel et de la Communication (normal, me direz-vous), mais aussi de l'Industrie ou du Commerce extérieur... Bref, un schéma très franco-français.
Pendant que les uns, plus missionnaires que fonctionnaires, débattent de sujets très sérieux comme les effets des NTIC sur l'éducation et la formation, ou l'accès des collectivités territoriales aux mêmes NTIC, d'autres se gargarisent des derniers concepts à la mode, Wap en tête !
Effet de la dimension "républicaine" d'Hourtin, les ténors du e-commerce sont restés très discrets. On y a plus volontiers parlé de "nouvelle économie", ou plutôt d'économie "renouvelée", que de e-business pur et dur.
Joyeuse (?) foire de la Communication où l'on trouve un peu de tout et beaucoup de rien, Hourtin est d'abord un rendez-vous privilégié pour tout ceux qui veulent faire leur "lobbying". Geste le plus répété à Hourtin : l'échange de cartes de visites où les coordonnées e-mail figurent désormais en bonne place (on est branché ou on ne l'est pas... bien que certains confondent encore adresse mail et adresse Web !)
Qu'apprend-t-on à Hourtin que l'on ne sache déjà ? Pas grand chose ! Au mieux, y trouve-t-on des confirmations de ce que l'on savait ou pressentait déjà. Oui, la France est résolument engagée dans la révolution des NTIC ! Oui, la France a pris la mesure de l'enjeu des hauts débits ou de l'Internet mobile ! Oui, la France avance vaillamment dans la société de l'information !
Bon, et après ? Après, au travail ! Car la "vraie" rentrée, c'est la rentrée scolaire. Combien d'écoliers français iront surfer sur le Web en classe cette année ?

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Internet Actu 51, jeudi 7 septembre 2000

Des vessies pour des lanternes

L'affaire Emulex, qui défraie la chronique e-financière, et pas seulement Outre-Atlantique, prouve s'il en était besoin que les internautes ne sont pas tous des anges, loin de là. Lapalissade ? Certes, mais qui mérite d'être répétée de temps en temps.
L'affaire Emulex -- dont nous rappellerons simplement que le cours avait chuté de... 62% le 25 août dernier après la diffusion d'un faux communiqué annonçant la démission de son président pour cause de mauvais résultats --, l'affaire Emulex donc, prouve combien l'information diffusée sur le Web, non seulement financière mais de toute nature qu'elle soit, reste à prendre avec des pincettes.
Et c'est un journaliste qui vous le dit !
Alors que nous sommes entrés dans la société "de l'information", c'est-à-dire dans un modèle économique et social où l'information est devenue plus importante que le "hardware", on s'aperçoit que cette information est une arme à double tranchant.
Info ou intox ? Eternel dilemme !
La presse en général, et particulièrement la presse en ligne, dont la nouveauté même la rend un peu suspecte, n'échappe pas à cette menace. Comment séparer le bon grain de l'ivraie dans la masse d'informations de jour en jour plus importante dont sont bombardés le journaliste -- dont le métier est de la trier et de la vérifier avant de la transmettre --, mais aussi le lecteur-auditeur-téléspectateur -- exposé à une multiplication des canaux d'expression : presse papier, radio, télé, Internet, sans oublier la publicité et la communication institutionnelle des entreprises (le DirCom est devenu un dirigeant stratégique), mais aussi celle de la classe politique, où la langue de bois le dispute souvent à la mauvaise foi politicienne pour ne pas dire à l'intox pure et dure.
Bloomberg, Internet Wire, CBS Marketwatch, Dow Jones News Retrieval Service, qui ont diffusé le faux communiqué Emulex, ont "oublié" de procéder à cette authentification, comme la police procède à celle des communiqués émis par des groupes terroristes, et comme le journaliste est tenu de le faire -- question de déontologie et de méthode de travail ; on appelle ça "croiser ses sources".
Loin de moi l'idée d'en profiter pour affirmer que les journalistes d'Internet Actu sont irréprochables et dignes de foi à 100% (il nous arrive aussi de nous faire "manipuler"). Seul le lecteur en est juge.
Non, ce qui est frappant dans l'affaire Emulex, c'est qu'il est finalement si facile de faire prendre des vessies pour des lanternes. Plus c'est gros, plus ça passe, dit-on à propos de désinformation, souvent à juste titre. Même si l'auteur du faux communiqué, qui a gagné quelque 250.000 $US dans cette affaire, a vite été repéré et appréhendé.
Si la presse, en ou hors ligne, s'efforce dans l'ensemble de rester fidèle à la déontologie de son métier, il n'en est pas toujours de même pour la communication d'entreprise (tout va bien, nous sommes "leader" dans notre secteur) et la communication financière (résultat en forte hausse et... plan social).
Souvenir : si l'on a mis si longtemps à mettre au jour le désastre (hold-up ?) du Crédit Lyonnais, c'est bien parce que de faux comptes avaient été communiqués ! On pourrait multiplier les exemples...
Les militaires pratiquent depuis longtemps le petit jeu de la guerre de la (dés)information. Il serait dommage qu'Internet devienne une "arme de guerre" aux mains des arnaqueurs prêts à désinformer père et mère pour quelques poignées de dollars.
Allez, une dernière lapalissade : Internet deviendra ce que nous en ferons...

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Internet Actu 52, jeudi 14 septembre 2000


Le Net des Empubés

On en voyait déjà sur les murs et les taxis, maintenant on en voit de plus en plus à la télé. Quoi ? Des pubs pour des sites Internet et autres fournisseurs d'accès qui, aussitôt leur énième tour de table bouclé, flambent en coûteuses campagnes publicitaires. Sacré bon filon pour les agences.
Le week-end dernier, j'en ai vu une pour un site d'emploi, dont nom parle d'e-mail et de boulot, si vous voyez ce que je veux dire. Coincé entre un spot pour une lessive et un autre pour une voiture ou une compagnie d'assurance, je ne sais plus. "Vous cherchez, nous trouvons", promettait le PDG de la start-up en personne.
Quand la pub investit un secteur, c'est que c'est du sérieux.
J'ai alors réalisé que cette dernière année de la décennie, du siècle et du millénaire aura été celle de l'émergence définitive d'Internet dans notre vie quotidienne : celle des connectés, mais aussi celle des non-connectés qui ne voient le Web que de l'extérieur, sur des affiches ou des pubs télé, justement.
Du moins dans nos pays développés. Car ailleurs, sur les plateaux andins ou dans la savane africaine, ils ont d'autres priorités en tête.
Les "dotcoms" et leurs services Internet font désormais partie du paysage économique et sociologique, au même titre que l'industrie automobile, celle du textile ou des détergents, au même titre que les banques, les garages ou les supermarchés. Même si le nombre d'utilisateurs du Web reste aujourd'hui minoritaire, comme le fut en son temps celui des Minitélistes...
Et j'ai pensé, avec tristesse, que le temps des pionniers, des expérimentateurs, de l'explosion créative, certes désordonnée mais si féconde, était bel et bien révolu (syndrome du Minitel, encore).
Qui dit révolu, dit révolution. En l'occurrence, il dit plutôt industrialisation, rationalisation, concentration... Inéluctable, mais si triste !
Je ne suis d'ailleurs apparemment pas le seul à avoir fait cette étonnante découverte ;-) Dans ses (R)Humeurs, notre excellente amie Sylvie de Ridder fait un constat similaire dans un texte intitulé "Le Net des Teubés". Oserais-je rajouter : des entubés ?
En tout cas, Sylvie, la langue de bois, connaît pas, à la différence des publicitaires. Je lui laisse donc la parole...

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Internet Actu 53, jeudi 21 septembre 2000

Vote électronique : est-il vraiment urgent... d'attendre ?

Dimanche 24 septembre, une majorité de Français n'iront pas voter lors du référendum sur le quinquennat. Seraient-ils plus nombreux s'ils pouvaient voter sur Internet, comme ont pu le faire les citoyens de l'Etat américain d'Arizona lors des élections présidentielles primaires en mars dernier ? Ce n'est pas sûr... Mais cette incertitude tient plus à l'objet même de cette consultation qui, de toute évidence, passionne beaucoup moins les Français que la réduction du prix des carburants, et de la pression fiscale, contre lesquels ils frondent depuis quelques semaines.
Votera-t-on un jour sur Internet en France ? Sans doute. La question est : quand ?
Si les partis politiques ont tous leur site Web (voir notre Butinage de la semaine dernière), si beaucoup de politiques s'y disent favorables (ne serait-ce que pour ne pas avoir l'air trop ringard !), si le Président de la République lui-même, désormais grand taquineur de mulot, s'intéresse de près au rôle d'Internet dans la démocratie, l'électeur lui-même y serait majoritairement favorable, même s'il émet un certain nombre de réserves, d'ailleurs plus sur le danger de se voir "ficher" pour ses opinions politiques que sur le risque de fraude électorale. C'est du moins ce que fait apparaître le sondage réalisé par Opinion-Way dont les résultats ont été publiés il y a dix jours.
Si tout le monde est d'accord, qu'est-ce qu'on attend ?
Il ne s'agit évidemment pas de remplacer soudain le bulletin papier, l'urne et l'isoloir par un unique système électronique, mais de permettre à ceux qui sont connectés de voter à distance, comme cela se fait d'ailleurs déjà par courrier postal pour certains électeurs expatriés ou incapables de se déplacer.
On attend, c'est tout....
Et s'il est si urgent d'attendre, c'est que nos politiques ne savent sans doute pas par quel bout prendre Internet. Ils ne peuvent plus ignorer ce nouvel outil de communication, mais ils restent fondamentalement méfiants.
C'est dommage quand les relations entre citoyens et élus ne cessent de se distendre, au point que l'abstention est souvent le grand vainqueur des consultations "secondaires" (élections locales, européennes...). Internet pourrait précisément contribuer à rapprocher les décideurs politiques des citoyens, et mettre un terme à la suspicion croissante des seconds envers les premiers.
Au niveau local, particulièrement, Internet pourrait renforcer l'implication des citoyens dans les décisions qui les concernent au plus près de leur vie quotidienne, à travers la concertation (un concept très à la mode) et les référendums locaux. Ce serait un bon moyen de commencer. Avant d'étendre la pratique au plan national, puis européen.
Laissera-t-on la France, pays de la démocratie, passer pour un poltron du cyber vote ?

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Internet Actu 54, jeudi 28 septembre 2000

La lumière de Janus

Lors des cahotiques élections de dimanche dernier en Yougoslavie, dont on ne connaît toujours pas l'issue explosive, un certain nombre de sites Web ont fait l'objet de "perturbations". Des sites de médias indépendants, suspects d'être proches de l'opposition : notamment ceux de l'ex-radio FreeB92 (lire plus bas notre Butinage Spécial Yougoslavie), de Radio 021, et le site Elections 2000 de l'organisation Free Serbia. Cette constatation émane du bureau de l'Organisation pour la Sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour la Liberté des Médias.
Si cette "censure" qui n'ose pas dire son nom ne surprend pas de la part du pouvoir en place à Belgrade, elle prouve au moins une chose : Internet est devenu incontournable en matière d'information et de lutte pour la démocratie. Tout particulièrement dans les pays où les libertés, et notamment la liberté de la presse, sont bafouées. Ainsi, il y a deux semaines, nous évoquions la censure dont le site tunisien Takriz était victime, et la manière dont il y échappait.
Mais il n'y a pas qu'en Tunisie ou en Yougoslavie...
En France, patrie de la Liberté et des Droits de l'Homme, Internet a gagné ses lettres de noblesse en matière d'information crédible auprès du grand public, avec la révélation par le site de L'Express de "l'abracadabrantesque" affaire de la cassette détenue par DSK.
A l'opposé de l'affaire Emulex, ces deux exemples, yougoslave et français (mais il y en a bien d'autres), montrent la face lumineuse de ce Janus qu'est le Web, celle que l'on voudrait voir chaque jour...

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Internet Actu 55, jeudi 5 octobre 2000

Nostalgie...

Symbole et véhicule du savoir et de la culture depuis des siècles, le livre vire au numérique.
De même que le livre imprimé fut le fruit de la révolution technologique de Gutenberg, le livre numérique est une conséquence naturelle de la société de l'information. Celle qui nous permet d'accéder à des milliards de documents sur le Web, celle qui nous donne Lafontaine.net, les pages persos de notre ami Paul Carbone, ou les nombreuses encyclopédies en ligne librement consultables.
Le "livre" numérique est certainement une bonne chose. Oui, mais... nostalgie.
Un autre mode de diffusion est né : en ligne, imprimé à la demande ou téléchargé sur une tablette numérique... Le Napster du livre numérique n'est pas encore né, mais parions que ça ne tardera pas ! D'ailleurs, pourra-t-on encore parler de "livre" ?
Les libraires de quartier, pas les kiosques à journaux améliorés, les vrais, hélas déjà de plus en plus rares, vont mettre la clé sous la porte. Fini la joie de feuilleter, de palper la couverture, de sentir l'odeur de l'encre avant d'acheter.
Oh, bien sûr, le papier ne va pas disparaître du jour au lendemain. Mais les imprimantes risquent de mettre pas mal d'imprimeurs au chômage. Au lieu de fabriquer du vélin, les papetiers produiront des ramettes de A4 80 g à la chaîne.
Votre cyber libraire traquera votre navigation. Si vous avez acheté le dernier Beigbeder, il vous spammera illico le catalogue complet des oeuvres de Séguéla et consorts.
D'ailleurs, vous ne l'achèterez pas, vous louerez des heures de lecture. On pourra même vous concocter des compilations aux petits oignons numériques, rien que pour vous : les meilleurs passages de Camus, les plus longues phrases de Proust, les pages les plus grivoises de San Antonio, les plus beaux alexandrins de Racine... Fini la culpabilité d'avoir sauté quelques pages de description rasoir signées Balzac.
Adieu le plaisir de couvrir les livres d'écoles de vos enfants sous leur regard fasciné.
Bien sûr, les autodafés ne jetteront plus les ombres inquiétantes de leurs flammes de censure sur les places publiques, mais ils ne disparaîtront pas pour autant. Ils se feront d'un clic, discrètement.
Un jour, nos petits enfants, découvrant un "vrai" livre dans un musée, demanderont : "Qu'est-ce que c'est, grand père ?"

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Internet Actu 56, jeudi 12 octobre 2000

Andy, le poil à gratter libertaire de l'Icann

Les élections à l'Icann sont enfin terminées. Cinq délégués, un par continent, ont été élus par un cyber vote (voir IA Flash du 12 octobre). En Europe, les Allemands s'étaient les plus mobilisés. Ils présentaient trois des neufs candidats, et c'est donc tout logiquement un Allemand qui a été élu : Andy Müller-Maghun.
Drôle de caractère que ce Andy : 28 ans, officiellement encore étudiant en sciences de l'information à l'université libre de Berlin, mais avouant ne pas assister aux cours, journaliste freelance et consultant spécialisé dans les réseaux et la sécurité à ses heures, mais surtout membre et porte-parole du célèbre Chaos Computer Club, bref un "hacktiviste"...
Curieux choix a priori des 5.948 votants (sur 11.309 en Europe) qui ont élu Andy. Sauf qu'à regarder de plus près son "programme", on comprend que les électeurs ont privilégié une conception plutôt libertaire d'Internet. Bravo !
Andy, favorable à la plus totale transparence, ne cache pas ses préoccupations : dans sa présentation officielle, il utilise pas moins de cinq fois les mots "libre" ou "liberté".
Réclamant une totale "liberté de circulation de l'information" et défendant farouchement la protection de la vie privée, il déclare vouloir lutter pour que "la culture du Net bénéficie d'une liberté maximale" et réclame la limitation au strict minimum de l'intervention des Etats dans les décisions concernant Internet.

Interrogé par nos confrères de l'AFP après son élection, Andy s'est lâché plus encore, déclarant qu'il "userait de sa position pour lutter contre l'influence excessive des intérêts commerciaux sur Internet", qualifiant le fonctionnement d'Internet de "souvent injuste pour des citoyens ordinaires". Et de citer en exemple de l'inégalité qui règne sur Internet le prix souvent excessif (50.000 $US) à payer "pour une adresse très sollicitée", "un obstacle dissuasif pour les petites entreprises et les particuliers".
Favorable à "un contrôle décentralisé du Web", Andy explique qu'il lui paraît "important qu'à l'avenir les décisions en matière d'organisation du Web répondent à une exigence d'équilibre entre les intérêts commerciaux et non-commerciaux". Il ajoute même : "L'expansion commerciale du Net devrait subventionner son secteur non-commercial."
Voilà qui devrait plaire aux défenseurs d'un Internet non-marchand et solidaire...
Enfin, concernant le fonctionnement de l'Icann lui-même, sans pour autant cracher dans la soupe, Andy n'a pas caché que l'organisation avait besoin d'un sérieux coup de transparence, faisant sans doute référence aux conditions de ces élections : seuls cinq des 19 dirigeants de l'organisation ont été démocratiquement élus et le vote a été marqué par des problèmes techniques (voir IA Flash du 6 octobre) qui ont empêchés 42.000 des 76.000 votants inscrits d'exprimer leur choix...

Andy sera-t-il capable d'imposer ses idées, et donc celles de ses électeurs, ou du moins d'apporter le souffle de la jeunesse et un vent de liberté au sein du "board" de l'Icann ? L'avenir le dira. Mais une chose est sure, Andy se fera certainement une joie d'être le poil à gratter de la maison...

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Internet Actu 58, jeudi 26 octobre 2000

Entre Big et Brother, leur coeur balance...

On parle beaucoup de lutte contre le cyber crime ces temps-ci. Les 23 octobre, les experts du G8 étaient réunis à Berlin pour examiner la question. Il y a sur le sujet un consensus général. Enfin, par consensus, il faut entendre une volonté générale de lutter contre l'utilisation d'Internet à des fins "criminelles". Car sur les moyens...

Les uns, Américains et Britanniques en tête, ont choisi des méthodes hi-tech pour le moins "musclées". Elles ont pour nom Echelon et Carnivore, des systèmes d'espionnage électronique hyper sophistiqués et puissants capables d'intercepter n'importe quelle communication (téléphone, fax, e-mail...)
En même temps, alors que la NSA et le FBI défendent bec et ongles leurs systèmes, tout en essayant d'en dissimuler la véritable ampleur, le gouvernement de Washington (dont on se demande s'il est capable de gouverner ses agences de sécurité) a lancé une campagne de protection des citoyens internautes : halte aux "cookies", au "tracking", bref, à ce qu'il faut bien appeler de l'espionnage, fût-il simplement commercial (lire notre Rubrique Tendances) !

Outre-Manche, le gouvernement de Tony Blair (dont on se demande de plus en plus s'il n'est pas un crypto-conservateur) est moins paradoxal, manière élégante de dire qu'il est moins hypocrite : il a autorisé les employeurs à espionner les communications téléphoniques et e-mail de leurs salariés, à l'insu de leur plein gré, comme dirait un tristement célèbre dopé du vélo français, au cas où les premiers soupçonneraient les seconds d'utiliser les réseaux à des fins délictueuses (lire notre Rubrique Tendances). Question : où commence le délit ? Avec l'envoi d'un CV à une entreprise concurrente ?

En Europe continentale, à l'image de l'Allemagne, on semble avoir opté pour l'option minimale.

La Chine, elle, reste fidèle à elle-même : censure, censure, censure... Il faut dire qu'à Pékin, cyber crime signifie d'abord diffusion sur Internet d'idées et d'informations "hostiles au régime". Sans surprise...
On est en droit de penser que la conception chinoise représente peu ou prou celle qui est ou sera adoptée par les régimes peu ou non démocratiques.

Et de ceux-là, il y en a pas mal parmi les 77 pays qui, à côté de la Chine, se sont réunis en marge de la réunion du G8 sur la cyber-criminalité à Berlin, et ont lancé un appel à l'Onu pour que le monde (développé) ne les oublie pas dans la course aux nouvelles technologies de l'information.
Si la réduction de la fracture numérique est en effet une nécessité pour accélérer le développement des PVD, on peut quand même se demander quelle sera la position des pays du Sud en matière de contrôle du réseau et quelle est leur conception du "cyber crime" : lutte contre la vraie cyber délinquance ou muselage la liberté d'expression sur le Web ?

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Internet Actu 60, jeudi 9 novembre 2000

San Francisco met les start-up à la porte !

Alors que les Américains votaient pour élire leur futur président (dont on ne connaît toujours pas le nom à l'heure où nous mettons sous mail), les habitants de San Francisco étaient également appelés à se prononcer sur un sujet d'intérêt urbanistique : faut-il laisser les "dotcoms" grignoter la ville ?
Eh bien, les habitants de la ville chantée par les deux Jack - London et Kerouac-- ont dit non. Certes à une courte majorité de 50,7%, mais non quand même.

Deux propositions de loi concurrentes s'affrontaient : la proposition "L", d'origine populaire, veut limiter très sévèrement l'implantation des "dotcoms", notamment dans la partie sud de la ville ; la proposition "K", contre-feu allumé par le maire Willie Brown, plutôt favorable aux taxes locales générées par le "hi-tech business", imposait des limitations beaucoup plus souples pour ne pas tarir cette fontaine de jouvence financière.
La proposition "L" l'a donc emporté : les habitants de San Francisco, ville à taille encore humaine à l'échelle de l'Amérique, berceau de la contre-culture dans les années soixante, célèbre pour ses artistes, privilégient leur qualité de vie.

Il est vrai que depuis quelques années, à San Francisco et dans la "Bay Area", située juste au nord de la Silicon Valley, la prolifération des start-up a fait grimper les loyers en flèche et multiplier les problème de circulation et de stationnement. Autant de nuisances peu appréciées des habitants de la ville des "cable cars", une des seules aux Etats-Unis où il est possible de marcher à pied avec plaisir.
En 1999, cette surchauffe immobilière a mis dehors 2.760 locataires de San Francisco, expulsés par des propriétaires alléchés par les loyers quatre fois plus élevés que les start-up sont prêtes à payer.
Les habitants en ont assez et l'ont démocratiquement fait savoir.

Qui a dit qu'en Californie, il n'y en avait que pour la Net-économie ?

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Internet Actu 62, jeudi 23 novembre 2000

Netsperantoo

par Brunoo

Dooyoo wanadoo tootravo dokaz leburo kosee ?
Kanibuy ikado ? Klikedon ! Onatoo askifo alibabuy ooshop : ibazar itroovetou pikado e-liko kalifeye milkado aazed.
Ifebo, akajouer youplabourse legaloo... Koodpo toobo kelkoo, clikckywin, woonoz ?
Ytoo ? Tamaloo ? Libidoo keeboo ? Akabi otopsy corzeam...
Elotel vizzavi parrismooz kalishop apacabar erecrut ? Deenoo contactoo !

Créole antillais ? Non ! Pidgin anglo-polynésien ? Non plus ! Nouvelle pub Omo ? Vous n'y êtes toujours pas ! Ces quelques lignes ont été composées uniquement avec des noms de sites existant réellement. Les créateurs de sites sur le ouaibe français débordent d'imagination. Surtout dans le genre tarte.

C'est simple, vous collez un double "o", Yahoo! et Wanadoo obligent, et ça le fait.
Vous n'aimez pas les double "o" ? Pas grave, un seul peut suffire ! A condition de rajouter un ou deux "k" (le "c" n'a pas la cote en Bourse). Saupoudrez d'un "i" ou d'un "a", et le tour est joué. Vous voilà avec un site vraiment branché, très tendance.

Les marketteurs et autres publicitaires de la grande distribution avaient déjà réalisé quelques essais du genre Kiloutou. Depuis, ils ont tous dû émigrer vers la nenette ekonomi, pour peaufiner leur imbuvable volapük...

Tenez, par exemple, vous voulez monter un site de e-commerce de fromage. Legruyere.com ou Camembert.fr, c'est clair, non ? Eh bien non ! Suivez mon conseil : pourquoi faire de bon goût (surtout pour le fromage) quand on peut faire gnangnan ? Gruyoo.com ou Calendoo.fr, avouez quand même que ça en jette davantage !
Je n'invente rien. J'ai reçu il y a quelque temps un "komunike" annonçant la naissance d'un "annuaire francophone de la noix et du noyer". Vous avez deviné ? Tout juste ! Noyoo.com, un site fort sympathique au demeurant...

D'ailleurs, j'ai décidé de rebaptiser illico (je veux dire... iliko) cette lettre "internetaktoo".

En France, on a pas de pétrole, mais on a des idées. Dommage qu'elles soient si nouilles (pardon... nooyes) !

A l'orthographe de nos enfants, déjà pas brillante, le "Brevet Internet" de Jack Lang risque de donner le coup de grâce ! Educatoo, ça me paraît parfait pour un futur portail de l'Education nationale... Jack !

Une seule question : combien de temps va-t-on continuer à prendre les internautes pour des simplets dont l'âge mental ne dépasse pas trois ans ?

Tout bien considéré, en ne retenant pas le ".kids", je crois que l'Icann a fait preuve d'une immense sagesse. Imaginez un peu à quoi auraient ressemblé les noms des sites destinés aux "kids" !

Orevoar, abientoo...

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Internet Actu 63, jeudi 30 novembre 2000

Dis, papa, quand est-ce que j'aurai mon adresse mail à l'école ?

Mardi 28 novembre 2000, 21h00, dîner familial, quelques heures après l'annonce de Jack Lang et Claude Bourmaud (lire en Une).
Camille, 11 ans : "P'pa ! P'pa ! Tu sais quoi ? On va tous avoir le mail à l'école après Noël ! Ils l'ont dit à la télé !"
-- Euh... Chouette... Mais... ça ne sera peut-être pas... juste après Noël.
-- Ben, pourtant c'est PPDA qui l'a dit, p'pa !
-- Camille, est-ce que vous avez Internet au collège ?
-- Ben ouais, j'crois, p'pa...
-- Ah bon. Et où sont les ordinateurs ?
-- Y'en a un dans le bureau de la proviseuse (sic !) et deux au CDI (Centre de documentation et d'information, nouvelle appellation de la... bibliothèque).
-- Et tu y va souvent ?
-- Dans le bureau de la proviseuse ?
-- Non, au CDI pour utiliser l'ordinateur et aller sur Internet ! Passe-moi le sel, s'il te plaît.
-- Non, jamais.
-- Et pourquoi ?
-- Ben, on a pas le droit, c'te question !
-- Personne ? Passe-moi aussi le poivre, s'il te plaît.
-- J'crois pas. En tout cas, les ordinateurs, j'les ai jamais vu allumés.
Ma femme : "Mon Dieu ! Jamais elle ne réussira son Brevet Internet & Multimédia !"
-- Et toi Thomas, au lycée ?
-- C'est pareil !
-- Tu n'as jamais surfé au lycée ?
-- Jamais. D'toute façon, on l'a à la maison.
-- Mais vos professeurs, ils s'en servent ?
-- Bof... L'aut'jour, ma prof d'art plastique m'a demandé où j'avais trouvé mes infos pour mon expo sur Michel-Ange. Je lui ai répondu : sur Internet. Elle m'a regardé comme si j'avais fait faire mon devoir par mon père !
-- Je vois... Mais tu as essayé de lui expliquer ?
-- Vu son air, j'ai fait profil bas !
-- Bon, question site Web, je crois que c'est pas la peine que je demande, alors...
-- T'as raison !
-- Et pourquoi ne proposeriez-vous pas d'en faire un petit ?
-- Tu rigoles, y croiraient qu'on fait ça pour aller sur les sites de jeux ou les sites cochons...
(Victor, 5 ans, soudain intéressé : "Y'a des cochons, papa, sur Internet ? -- Oui, pas mal, mais c'est pas ceux que tu crois. Allez, finis ta salade, Victor.")
-- ...ou pirater des MP3 !
-- Bon, alors, pour résumer, les enfants, Internet à l'école, c'est quoi pour vous ?
-- ...
Clément, 6 ans, soudain en larmes : "J'aurai jamais ma boîtimelle au CP !"
-- C'est pas grave mon bonhomme, on en a cinq à la maison...
Un ange passe, puis soupir de votre serviteur : "Bon... y'a quoi à la télé ce soir ?"

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Internet Actu 64, jeudi 7 décembre 2000

La Net liberté en danger

1984 ? Non, bientôt 2001, mais Big Brother marque toujours des points...
Internet, "utopie libertaire", n'a pas de frontières. Cela fait peur aux Etats. Quelques fois à raison, le plus souvent à tort. Mais, en cette dernière année du siècle et du millénaire, la Net liberté est de plus en plus attaquée.
Sans parler de la censure instaurée en Chine et dans d'autres pays "à poigne", en Occident, un certain nombre d'affaires témoignent de cette remise en cause. Rien que dans ce seul numéro, plusieurs sujets illustrent les attaques portées contre la cyber liberté.
Ces attaques ne sont d'ailleurs pas toujours le fait des Etats ou des institutions. Elles viennent parfois des acteurs du réseau eux-mêmes. Ainsi Amazon continuerait à revendre les informations collectées sur ses cyber clients, et General Motors aurait installé dans ses véhicules des "boites noires" pour espionner les conducteurs.

Mais, la plupart du temps, elles émanent des Etats.
En Grande-Bretagne, patrie de l'auteur de Big Brother et co-animateur du réseau Echelon, les institutions de sécurité réclament la possibilité légale de surveiller les correspondances électroniques des sujets de Sa Majesté.
Aux Etats-Unis, sous prétexte de sécurité nationale, deux grands systèmes d'espionnage électroniques se côtoient : Echelon et Carnivore. Et la CIA a "nettoyé" les "chat rooms" sauvages créés par ses agents.
En France, après le procès Yahoo!/Licra, où le premier s'est vu obligé -- à juste titre me semble-t-il --, de filtrer l'accès des internautes de France à ses pages d'enchères d'objets nazis, le jugement donné dans l'affaire Carl Lang/Réseau Voltaire a confirmé que la diffamation était imprescriptible sur le Web, alors qu'il y a prescription après trois mois dans la presse papier.
En Europe, le Conseil de l'Union semble vouloir maintenir en l'état son projet de traité sur la cyber criminalité malgré les vives critiques formulées par les différentes associations de défense des libertés individuelles.

Mais le pire est encore à venir ! Une directive de 1995 sur "la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données" comporterait tous les ingrédients nécessaires pour restreindre sérieusement la liberté d'expression sur Internet.
Cette directive considère n'importe quel enregistrement, de quelque forme qu'il soit, comme une donnée personnelle à partir du moment où il fait référence à un individu identifiable. Cet enregistrement doit alors faire l'objet d'un accord préalable des personnes concernées.
A l'heure où la Commission européenne demande justement à chaque Etat de l'Union de faire le bilan de l'application de cette directive, le professeur suédois Jacob Palme, spécialiste des sciences informatiques, tire la sonnette d'alarme.
Sur une page du site de l'université de Stockholm, il appelle les internautes et les citoyens de l'Union à la mobilisation générale auprès des administrations judiciaires, pour défendre la liberté d'expression.
Selon Palme, ce texte, interprété au pied de la lettre, peut rendre illégale la plupart des pages du réseau. N'importe quelle critique personnelle diffusée sur Internet, fût-elle fondée, tombe en effet sous le coup de cette législation. A cause de cette directive, la censure peut s'abattre sur toute l'Europe en ligne, et notamment sur les moteurs de recherches qui permettent d'y accéder.
Pour éviter un tel danger, Jacob Palme préconise que l'Union établisse une liste des données personnelles sensibles (fichiers clients, dossiers médicaux, fichiers de police...). Seules ces données spécifiques devraient alors être soumises à une réglementation stricte.

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Internet Actu 65, jeudi 14 décembre 2000

Normalisation

Le MP3, devenu le trublion numérique des droits d'auteur à cause des technologies "peer to peer" de Napster, MP3.com et autres Scour, est en voie de normalisation. En clair, il a été mâté par le lobby du disque.
Le MP3 serait même déjà menacé : Windows Media 8 de Microsoft semble promettre un niveau de qualité audio et vidéo impressionnant pour un taux de compression supérieur à celui du MP3. Alors MP3 contre WM8 ?

La technologie avait pris de vitesse le droit ; celui-ci reprend la maîtrise. On ne peut que s'en réjouir, sans pour autant sombrer dans la naïveté : dans leur lutte contre Napster et ses clones, les industriels du disque et du cinéma sont davantage guidés par leur chiffre d'affaires que par le respect des droits d'auteur en tant que tels (lire en Une à propos d'Universal).
De la même manière, on peut s'étonner de la ségrégation opérée par le Bureau américain des droits d'auteurs entre Web radios et radios hertziennes quant aux royalties dues aux maisons de disque (lire également en Une). Car on peut tout aussi bien enregistrer une oeuvre diffusée par les airs que graver un MP3 reçu par le Web...

Reste que le respect des droits d'auteur sur Internet est une des conditions essentielles au développement harmonieux du réseau comme espace d'expression et de diffusion de l'art et de la culture (voir notre reportage à Isea2000). Particulièrement à l'heure où émergent deux géants planétaires de la fourniture de contenu : Vivendi Universal, et AOL-TimeWarner.

Encore ne faut-il pas confondre droit d'auteur et brevet ! Or, en Europe, la polémique sur la brevetabilité des logiciels tourne à la bataille rangée entre tenants du brevet et militants des logiciels libres et des standards ouverts.

Si la brevetabilité des logiciels était en vigueur, imaginons un peu ce que cela aurait donné avec le MP3 !

© Bruno de La Perrière / Internet Actu, 2000

>>> Suite…

Mes éditos dans Internet Actu
(janvier-juin 2001)

Internet Actu 71, jeudi 25 janvier 2001

Internet pour tous... Surtout pour les foyers aisés !

A Autrans, pendant trois jours très riches, on a parlé haut débit, dégroupage, BLR, UMTS, administration électronique, accès publics, enjeux économiques d'Internet, Internet et démocratie, Internet et aménagement du territoire, Internet et famille, Internet et éducation... On a beaucoup évoqué le danger de fracture numérique. On a lu, entendu et médité le slogan prometteur de cette édition 2001 : Internet pour tous.
A Autrans, l'air était presque doux, et la neige rare.

Le coup de froid est venu quelques jours plus tard : hier pour être précis, avec la publication dans SVM d'une étude réalisée chaque année par l'institut GFK, qui montre que moins d'un foyer français sur cinq (17%) était connecté à Internet à la fin de l'année 2000, c'est-à-dire il y a moins d'un mois. Et que plus de deux Français sur trois ne se sont JAMAIS connectés au Web.
De quoi donner une salutaire leçon de modestie aux journalistes d'Internet Actu !

Et même si cette étude indique que le taux de connexion a progressé de 6% par rapport à 1999, on y apprend hélas que la France accuse un retard de 10 points sur la moyenne européenne (27%), loin derrière les Pays-Bas (48%), l'Allemagne (28%) et la Grande-Bretagne (26%).
Plus inquiétant, les résultats de cette étude confirment ceux d'une autre enquête récente, signée Médiamétrie, encore plus sombres puisqu'ils chiffraient le nombre d'internautes à... 13% seulement de la population, toujours fin 2000.
Inquiétant pour la deuxième puissance économique européenne !

En 2000, précisément, les ventes de micro-ordinateurs ont progressé de 10% seulement (contre 17% en 1999). Et les prévisions de GFK pour cette année ne sont guère optimistes : le taux d'équipement des foyers ne devrait pas décoller, et à ce rythme-là, il nous faudra sept ans pour atteindre le niveau de connexion hollandais.
Et dire que nous avons failli écoper d'une taxe sur les matériels informatiques !

Justement, parlons-en des équipements informatiques. Leur prix ne serait-il pas un peu élevé ? En attendant l'Internet mobile (lire en Une), qui dit internaute, dit encore ordinateur équipé d'un modem, plus au minimum les frais de communications téléphoniques si l'on choisit un FAI gratuit. Un budget annuel finalement important qui décourage bien des ménages.
On entend beaucoup parler de fracture numérique. Mais jamais du prix des équipements informatiques. Bizarre...

Et puisqu'il est question de fracture numérique, l'étude GFK montre justement qu'elle se creuse. Entre foyers aisés et instruits (équipés et connectés) et foyers modestes (sous ou non équipés, et donc peu ou pas connectés), mais aussi entre régions très urbanisées, Ile-de-France en tête naturellement, et province rurale.
Coïncidence, en région parisienne, le taux de connexion à Internet correspond exactement à la moyenne européenne de 27%.

A Autrans, on a appris le souhait du gouvernement de voir opérateurs et FAI offrir aux internautes hexagonaux un forfait illimité à 200 FF/mois communications comprises.
Mais sur la manière de permettre aux foyers moins gâtés par la vie de s'équiper en PC connectés pas chers, rien. Jamais rien ou presque !

Enfin, pour achever de vous saper le moral, un rapport du Bureau International du Travail publié le 24 janvier, montre que la fracture numérique divise de plus en plus le monde. Les Etats-Unis et le Canada regroupent 57% des internautes ; ils ne sont que 1% en Afrique et au Moyen-Orient. On y lit que "tout juste 6% des habitants de la planète se sont un jour connecté à Internet, dont 85 à 90% vivent dans les pays industrialisés".
Inquiétant à l'aube du troisième millénaire !

A Autrans, on a beaucoup évoqué le danger de fracture numérique. On a lu, entendu et médité le slogan prometteur de cette édition 2001 : Internet pour tous. A Autrans, l'air était presque doux...
On a rêvé ?

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Internet Actu 72, jeudi 1er février 2001

La fin de l'état de grâce

Timidité des investisseurs, chute des cours de Bourse des "technologiques", faillites, rachats, fusions, licenciements (lire en Entreprises), voire désengagement du secteur Internet, comme Disney tout récemment... Que se passe-t-il dans notre Net-économie, se demandent, inquiets, les aventuriers du nouveau monde numérique. Alors que beaucoup d'autres, plus "brick" que "click", regardent ce retournement de tendance d'un air goguenard, genre "cette folie ne pouvait pas durer ; ça fait des années que je le dis".
Et le fait est qu'il n'ont pas tout à fait tort, même si leur "prophétie" tenait parfois plus de la "jalousie" que de l'analyse économique rigoureuse.

Alors que se passe-t-il ?
Rien que de très normal : la Net-économie est en train de passer à l'âge adulte. Elle se normalise et se rationalise. La seule "originalité" de l'affaire est que ce passage à la maturité -- économique, à défaut d'être technologique -- aura été très rapide. Il a pris moins de dix ans, alors même qu'Internet ne touche encore qu'une infime partie de la population mondiale. Mais après tout, combien de millions (milliards ?) de terriens n'ont encore pas accès à un simple téléphone, voire même à l'électricité ou à l'eau courante ?

Avant même d'être devenu un média de masse, comme l'est la télévision, Internet se banalise. D'un gadget qui tendait à devenir une fin pour certains, il est en train de trouver sa juste place : celle d'un nouveau moyen de communication, d'information, de loisir et de transaction commerciale qui se superpose aux autres, comme le Minitel s'était superposé au téléphone, et le téléphone au courrier... Bref, une nouvelle étape dans l'évolution technique de l'humanité commencée avec le premier silex taillé (et même sûrement avant).

Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille se désintéresser de l'évolution d'Internet. Car s'il se normalise sur le plan économique, il est loin d'avoir achevé sa croissance technique. L'avènement annoncé du haut débit, la mise en place de l'IPv6, celle de l'Internet mobile (iMode, GPRS, UMTS), la sophistication du langage Web (XML, RDF) vont engendrer de nouveaux usages et de nouveaux comportements sociaux, dont les impacts durables sont traditionnellement beaucoup plus lents à mesurer.

Alors, faut-il déplorer cette normalisation, ou au contraire s'en réjouir ? Les pionniers regretteront sans doute le temps de la confidentialité, quand les internautes avaient le sentiment jubilatoire de faire partie d'un groupe privilégié d'initiés, sortes d'alchimistes numériques. Pour les autres -- la grande majorité --, on ne regrette pas ce qu'on a pas connu.
Non, le plus important est que cette normalisation économique laisse toute sa place au Web non marchand, celui-là même qui fait la richesse inégalée d'Internet.
Rêvons un peu : si l'Internet marchand, rationalisé, devient rentable, ne financera-t-il pas, indirectement, un tel espace de créativité et de liberté ?

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Internet Actu 73, jeudi 8 février 2001

Sur le Net comme au ciel

Les voies du Seigneur sont impénétrables, c'est bien connu. Celles du Vatican le sont tout autant. Le Saint-Siège vient ainsi de désigner un saint patron des internautes et des informaticiens. Surfeurs, webmasters, programmeurs, développeurs et bidouilleurs de cartes mères en tous genres peuvent désormais prier saint Isidore (*), lorsqu'ils sont en panne de connexion (surtout chez AOL), détroussés de leurs données personnelles par tel ou tel site de e-commerce, espionnés par Echelon, victimes d'un "hacking" en règle, ou simplement empêtrés dans leurs JavaScripts.

Après avoir mis en garde l'humanité contre la damnation assurée par l'usage de la pilule, du préservatif et de l'avortement, sa Sainteté Jean-Paul II a sans doute jugé utile de détourner les pauvres internautes pécheurs des sentiers diaboliques menant aux sites pornos et pédophiles -- lesquels, sans vouloir dénigrer la moralité du clergé dans son ensemble, doivent bien être fréquentés par quelques ecclésiastiques, si l'on en juge par les tristes affaires qui défraient la chronique depuis que les évêques ont -- enfin -- décidé de ne plus couvrir leurs "brebis galeuses".
Des moines, irlandais et portugais, si ma mémoire est bonne, avaient déjà monté des sites de prière en ligne. Avant cela, le Pape avait reconnu la validité de sa sainte bénédiction transmise par les ondes de la radio et de la télévision.
La Très Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine ne recule devant rien pour décrocher de nouveaux "abonnés". Un de ces quatre dimanches, on verra la célèbre émission "Le Jour du Seigneur" émigrer sur Internet, webcams à l'appui. A quand un concile électronique par e-mail sur intranet sécurisé ?

Lucifer doit enrager d'avoir encore perdu une bataille. Non seulement le Vatican a obtenu son propre nom de domaine en ".va", mais l'Icann a bien failli créé un ".sex" qui aurait clairement identifié les sites pornos et détourné d'innombrables disciples potentiels !
Grâce à saint Isidore, l'Icann se sentira peut-être bientôt obligée de lancer un ".god". Domaine qui intéressera certainement Bill Gates. Microsoft.god, avouez qu'il y a de quoi décourager toute tentative de démantèlement de la part d'un petit juge fédéral !

Bref, après le e-commerce, le e-learning, la e-santé et autres PtoP, voici l'avènement de la e-religion. Alléluia ! Je dirais même e-lléluia!
Après le rosaire à cliquer sur le Web et la confession express sur ICQ ou par Wap (encore que, vu l'ergonomie du "machin", ça risque de mener droit en enfer), imaginez un peu ce que l'UMTS apportera au salut de nos âmes : baptême mobile en 3D, mariage religieux en ligne et en triplex où le prêtre et les deux époux pourront être aux trois coins (?) de la terre (garanti sans scène de ménage, mais un peu virtuelle comme nuit de noce), voire, moins réjouissant, je vous l'accorde, télé-extrême onction en temps réel en cas de malaise cardiaque en avion, sans parler des inévitables miracles qui ne manqueront pas de se produire en ligne...
Ah, le bel avenir que voilà, enfin dégagé du vénal matérialisme et tout entier consacré à la Net-spiritualité ! Le paradis enfin retrouvé ! Merci Internet, merci saint Isidore !
De quoi faire pâlir de jalousie les imams iraniens, les rabbins de Tel Aviv et de Brooklyn, les gourous de Bénarès, les "medicine men" navajos, les chamans sibériens, les moines zen des monastères japonais (voir en liens), et le Dalaï Lama soi-même.

Pour fêter l'heureuse et sainte initiative du Vatican, je me permets de proposer à tous les internautes (dont on dit qu'ils dépasseront le milliard en 2005) de nous recueillir et de prier :

"Notre Père qui êtes sur le Web, que votre nom de domaine soit sanctifié, que votre mail arrive, que votre haut débit soit déployé sur le cuivre comme sur la fibre. Donnez-nous aujourd'hui notre newsletter quotidienne ; pardonnez-nous nos spams, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont piratés ; et ne nous laissez pas succomber à la folie des "dotcom" ; mais délivrez-nous de Windows. Amen."
Et comme ne tarderont pas à le dire les abonnés à l'ex-Cybercâble : "Saint Isidore priez pour... Noos."

Que ceux qui seraient choqués par cet édito veuillent bien me pardonner mon impertinence, dont l'unique objectif est de faire sourire en ces temps de grisaille et d'affaire Elf (où certains en sont même réduits à manger leur carte SIM !), et soient assurés que je ne suis ni un anticlérical primaire, style Troisième République, ni un blasphémateur patenté.

(*) Saint Isidore, évêque de Séville au VIIe siècle, est connu pour être l'auteur des "Etymologies", première encyclopédie au monde qui touche aussi bien à la médecine qu'aux mathématiques, à l'histoire et à la théologie. La Saint-Isidore n'est pas le premier avril (eh, non), mais le 4 avril.

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Internet Actu 74, jeudi 15 février 2001

Net-fiction ?

Saint-Isidore-sur-Morin, 15 février 2004, 18h00, place de la Mairie.
Gaston, agriculteur, franchit la porte du Café du e-Commerce, casquette écossaise vissée sur la tête.
Maurice, agriculteur (casquette unie), sirote une petite côte au comptoir.

Gaston : Tu payes ton canon, Maurice ? Alors, quoi de neuf ?

Maurice : Ben, j'ai pré-vendu mon maïs transgénique de l'année prochaine aux Japonais sur eBêêê. Comme ça, j'va pouvoir commander la nouvelle moissonneuse-batteuse équipée GPS que j'ai vu sur Troovetoo.com. Y veulent me vendre l'option MP3 par BLR, mais ça reste un peu cher. Et toi, t'ont finalement installé ta fibre optique ?

Gaston : Ouaip, c'est réglé. Maintenant, j'peux piloter l'arrosage de mes champs depuis mon Palm-UMTS ou depuis mon 19/9e interactif sur le canal 58 de TPT. Oh, tiens, j'voulais t'demander : où c'est que tu t'fournis en nitrate ?

Maurice : Ben, sur la nouvelle marquette place Fertinet lancée par Zecredag. Si t'en veux deux-trois tonnes, dépêche-toi, y font des promos ces jours-ci. C'est du bon, produit en Afghanistan. Au fait, t'as réussi à faire faire le télé-diagnostic de ton tracteur ?

Gaston : Non, l'ordinateur de bord a craché à cause de cette cochonnerie de virus Kournivodka. Mon faïeurval est bugué.

Maurice : Pas étonnant ! J't'avais prévenu : faut pas prendre les solutions Macromou. Depuis le démantèlement, ils distribuent uniquement en pie-tout-pie non sécurisé pour tenter de récupérer les parts de marché perdues. Alors forcément, au téléchargement, t'attrapes toutes les saloperies qui traînent !

Gaston : Oui, t'as p'têt raison... J'devrais faire comme toi et passer chez AppleBull. De toute façon, maintenant que j'ai mon réseau VTHD en fibre, faut que j'revoie toute l'architecture de mon intranet. Je crois que je vais passer en IPv10.

Maurice : C'est vrai, on voit jamais assez grand. Bon, c'est pas tout ça, mais faut qu'je rentre. Y'a un conseil municipal en ligne à 18h30. On doit examiner le projet de référendum local sur le clonage bovin.

Gaston : Crédiou ! Va y avoir du sport ! J'préfère passer une soirée tranquille à bouquiner. J'ai téléchargé sur mon ibouque une étude sur la matrifocalité chez les autruches, rapport à mon élevage.

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Internet Actu 75, jeudi 22 février 2001

Cent Napster contre un Trenet

Napster par-ci, Napster par-là... Assez ! Peuvent pas se napstaire un peu ! Silence ! Laissez-moi déguster quelques belles chansons de Trenet. En 78-tours bakélite, en 33-tours vinyle, en CD remastérisé, mais pas en MP3 piraté !

C'est vrai, ça. Napster a lancé un système de piratage organisé de musique, et il s'étonne maintenant que les maisons de disques veulent sa peau.
Naïfs, les créateurs de Napster ? Sûrement pas. Disons qu'ils ont essayé, au flanc. D'ailleurs, ils devaient bien savoir depuis le début que ça ne durerait pas éternellement.
En attendant, ils ont fait fortune. Fortune qu'ils souhaitent maintenant consacrer à se refaire une virginité, sous l'oeil bienveillant, mais certainement inquiet quand même, de Bertelsmann (lire en Entreprises).

Remarquez, Napster aura au moins eu le mérite d'imposer une technologie intéressante -- le peer to peer --, mais dangereuse pour les droits d'auteur lorsqu'elle reste incontrôlée.
Et le droit d'auteur, c'est sacré ! S'il n'est pas respecté, Internet est mal parti. Gigantesque médiathèque, d'accord. Mais pas au mépris des créateurs.
C'est ce mépris que je reproche à Napster. Un mépris qui a habitué plus de 50 millions de mélomanes à piller sans vergogne, sans souci du gagne-pain des artistes. Trenet aurait-il écrit, composé et chanté jusqu'à plus de 80 ans, si on l'avait amputé de ses droits d'auteur ?

Napster sera donc payant, ou ne sera plus. Et même s'il disparaissait, ma foi...
Je ne suis pourtant pas naïf au point de croire que les gros rouleaux compresseurs de l'industrie musicale ne plument jamais leurs artistes, ou que radios et télés déclarent tout ce qu'elles diffusent au single près, mais entre l'arnaque occasionnelle et le hold-up organisé, il y a quand même un fossé -- numérique, of course.

Le pire est qu'avant même sa disparition, du moins sous sa forme sauvage actuelle, Napster a déjà enfanté des clones (lire en Télécoms & Réseaux). On n'en sortira donc jamais ?

J'ai donc tapé "Charles Trenet" dans ma barre Google (je ne peux plus m'en passer) et j'ai obtenu plus de... 8.500 réponses ! Je ne sais pas si Le Fou Chantant s'intéressait beaucoup à Internet, mais en tout cas il y est bien référencé !

® Napsterillage (néologisme construit à partir de "Napster" et "pillage") est une marque déposée appartenant à Internet Actu.

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Internet Actu 76, jeudi 1er mars 2001

Pire to pire

Point n'est ici question du fameux peer to peer
Mais plutôt de ce que l'âme humaine a de pire.
La mort d'un être humain, tout autant que sa vie,
Est tout à fait sacrée et doit être chérie,
Même du criminel, fût-il le plus sadique.
Cela n'arrête point dans la grande Amérique
Les vautours qui exploitent les vicieux instincts
De la masse avilie de leurs contemporains.

Un dénommé McVeigh, au prénom Timothy,
Auteur de l'attentat d'Oklahoma City,
Qui fit de nombreux morts, cinq fois plus de blessés,
Le seize mai prochain, doit être exécuté.
Un roi du porno par les dollars attiré
A l'idée de filmer la mort du condamné
Et de la diffuser sur un site Internet
Pour presque deux dollars américains par tête,
Sous prétexte d'aider les proches des victimes.
La ficelle est épaisse et fort peu légitime :
Entertainment Network, le nom du maquereau,
Voit sans doute bien là le moyen un peu gros
De doper le trafic sur ses sites voyeurs,
De stimuler les clics et de faire son beurre.
Sur Voyeurdorm.com, votre navigateur
Vous emporte en effet dans une vraie fureur
Vers un tas d'autres sites du même acabit,
Un Web ring infernal, une claustrophobie
Où la chair dénudée est à voir et à vendre
Pour les vilains gogos prêts à se laisser prendre.

Espérons cependant que les autorités
Ne se laisseront pas de la sorte abuser,
Car ce serait hélas donner d'autres idées
Encore plus malsaines aux sans-moralité
A tous les obsédés du sexe et du dollar,
Nazillons de tout poil, suppôts de crématoire,
Prêts à faire du Web un triste dépotoir,
Un sombre lupanar, un nid de charognards.

Dans le même registre glauque, le site du Département pénitencier de l'Etat du Texas, dont George W. Bush est l'ex-gouverneur, propose officiellement de consulter la liste détaillées des derniers repas demandés par les 243 ( !) condamnés à mort exécutés depuis 1982, dont plus de 200 au cours des 10 dernières années.

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Internet Actu 77, jeudi 8 mars 2001

Fâââmmes, je vous aime

C'est aujourd'hui la Journée mondiale de la Femme. (Au fait, il y a une Journée mondiale de l'Homme ? Oui, je sais, 364 jours par an !) Après m'être mis à dos l'Eglise catholique (IA 73), le monde agricole (IA 74), les partisans de Napster et les ennemis de Trenet-un tantinet-pédophile-et-collabo (IA 75), la communauté des poètes en pondant quelques alexandrins mal "hémistichés" (IA 76), et j'en passe, j'ai décidé de faire amende honorable : je vais défendre les femmes.

Il y a deux jours, j'ai reçu (par e-mail et par la poste, manquait que le fax) un "communiqué" (envoyé par... une femme) intitulé "Etudes comportementale (sic) : les Femmes et l'Internet" émanant d'une société d'étude (sans S) et de conseil dont, allez, je suis sympa, je tairai le nom. Disons simplement que ce serait un joli nom pour un parfum... de femme.
Je l'ai lu (le communiqué). "Connaître les femmes pour les rendre fidèles..." Déjà, ça part bien !
Bon, hormis qu'on y apprend que plus de la moitié des nouveaux internautes sont du beau sexe, mais qu'il (le beau sexe) ne représente toujours qu'environ 40% des utilisateurs du Net, ce document donne une drôle d'image de la surfeuse.

Je résume. Elle n'aime pas les navigations difficiles où il faut multiplier les clics (les hommes, eux, plus c'est mal foutu, plus ils adorent, sans doute ?), et elle est rebutée par, je cite, "une difficulté à appréhender la page d'accueil". Je cite, mais je ne comprends pas très bien. Est-ce que ça voudrait dire que nos mères, nos soeurs, nos compagnes, les mères de nos enfants, nos filles... sont bébêtes au point de ne pas distinguer la page d'accueil d'un site des autres pages ?
Ensuite, on nous raconte que les femmes sont surtout attirées par les sites pratiques : commerce, voyage, emploi... Elles s'intéressent pas à la culture, les femmes, c'est bien connu !

Toujours selon l'étude, elles veulent "des photos et des descriptifs explicites" des produits (sinon, elles comprennent pas ?), un "processus d'achat décomposé en quelques étapes simples", et "le respect des délais de livraison" (quelles emmerdeuses ! Les hommes, ils s'en fichent d'attendre leur commande des jours et des jours, peut-être ?).
Et puis, elles ne restent pas des heures sur le Web, les femmes : elles veulent trouver très vite ce qu'elles cherchent. "Un site à l'ergonomie complexe ou tortueuse sera vite délaissé pour un autre... ou pour le magasin du quartier !" Parce que les hommes, eux, ils adorent perdre du temps dans des usines à gaz pleines de Javascripts bugués !

Le reste est du même tonneau. Non seulement, cette étude donne une image très "bobonne au (cyber) marché" de la femme, mais elle est tout aussi valable pour les hommes. Bref, un vulgaire attrape-nigaud(e) marketing. Pas le genre d'enfonçage de porte ouverte qui pourrait aider Auféminin.com à sortir du rouge.

En attendant, faites attention à la femme... nue : NakedWife est un nouveau virus très destructeur qui arrive par e-mail, selon le désormais classique système de propagation à tout votre carnet d'adresse. Messieurs, si un copain vous envoie cette invitation tentatrice, n'y succombez surtout pas !

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Internet Actu 78, jeudi 15 mars 2001

Tribulations d'un honnête contribuable dans une usine à gaz

On est en mars. Ne voyant pas arriver ma déclaration de revenus, je me dit : "Tiens, pourquoi ne pas déclarer en ligne ?" Et d'aller aussitôt sur le Minefi, le site du Ministère des Finances. Là, en plein milieu de la page d'accueil, en tête de la rubrique Services, j'avise "Démarches, formulaires, téléprocédures". Je clique. Une superbe profession de foi s'affiche sur mon écran : "Le Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie est chargé de favoriser le passage à la société de l'information. Il doit faciliter l'accès des citoyens à l'administration. C'est pourquoi une offre de services en ligne est proposée afin d'aider à la réalisation des démarches administratives. Pour ces raisons le Minefi développe des services interactifs avec de véritables téléprocédures au service des professionnels et des particuliers." Ouf ! Je suis rassuré. Ils ont tout prévu pour moi. Merci Monsieur Minefi !
Sous ce texte magnifique, je repère dans le sommaire de la partie réservée aux particuliers, un lien intitulé "Paiement des impôts". J'approche. Re-clic.
Une nouvelle page s'ouvre, titrée en gros caractères bien gras : "Paiement à domicile des impôts sur Internet". Chouette, me dis-je, j'y suis ! Mais que lis-je ensuite ? "Pour adhérer ou modifier votre contrat de mensualisation ou de prélèvement à l'échéance de votre impôt, veuillez utiliser le Minitel 3616 TRESOR" ! Tiens, elle est bonne celle-là !
Plus bas, j'aperçois un lien baptisé "Pour s'inscrire, payer ou consulter des factures d'impôts". Ce coup-ci, ça doit être la bonne porte. Re-nouvelle page. Tiens, je ne suis plus sur le site du Minefi, mais sur Telefact.fr...

"Vous souhaitez vous inscrire au paiement à domicile (télérèglement) pour votre impôt sur le revenu, vos contributions sociales (CSG, CRDS et Prélèvement Social), votre taxe d'habitation, vos taxes foncières ou votre taxe professionnelle. Consultez notre rubrique Inscription Trésor Public". Patience, patience, je vais y arriver, je vais y arriver...
Je clique donc. Nouvelle page : "Nous vous remercions de remplir le formulaire ci-dessous en indiquant le numéro de référence de l'impôt ou de la taxe figurant en haut et à droite sur l'avis d'imposition, que vous venez de recevoir, ainsi que vos coordonnées bancaires." Puis, pour être sûr que j'ai bien compris, "Impôt sur le Revenu : Saisir les 13 chiffres du numéro de Référence qui figure en haut et à droite de l'avis d'impôt sur le revenu que vous venez de recevoir." Mais puisque je vous dis que justement j'ai rien reçu et que c'est pour ça que je suis là ! Comprennent rien !

Bon, apparemment, j'ai fait fausse route. Je rebrousse chemin, direct à la case départ (mais je ne touche pas les 20.000 FF).
Ô miracle ! Que vois-je perché au sommet de la colonne "Infos pratiques" de gauche à fond couleur brique anglaise ? "Déclaration de revenus". Boudiou, mais c'est bien sûr ! Nouveau clic, nouvelle page, nouveau sommaire :
"Calculez votre impôt avec PPE (c'est quoi, ce PPE ?)
- Commandez vos imprimés (comment ça, commandez !)
- Téléchargez vos formulaires (ah, voilà qui est mieux)
- Déclarez vos revenus par Internet (nous y voilà enfin !)
- Calculez vos frais kilométriques (tiens, c'est une idée)
- Payez votre impôt (ouais, ben, ça, on verra plus tard)
- Les agents des impôts vous répondent…" (ah, ben, s'ils me répondent en plus, ça va aller tout seul).
Voyons un peu : "Commandez vos imprimés", "Téléchargez vos formulaires" ou "Déclarez vos revenus par Internet" ? Essayons le premier : "Pour recevoir un imprimé, il vous suffit de le choisir dans la liste ci-dessous. L'imprimé vous sera adressé dans un delai de 48h à 96h maximum en cas de commande le vendredi." Oui, il fallait s'y attendre...

Essayons donc l'autre. Là, tout en haut : "Déclaration des revenus 2000 (2042) et déclaration complémentaire des revenus 2000 (2042 C)". Enfin !
Nouvelle page, où je repère trois rubrique intéressantes : "Remplir en ligne le formulaire", "Télécharger le dossier" et "Télédéclaration des revenus 2000".
Essai du premier. Une "pop-up" jaillit sur mon écran : "Pour utiliser les formulaires mis en ligne à compter du 1er janvier 2001, vous devez installer l'application E-Forms Filler v2.53 pour Windows ou E-Forms Java v2.51 pour MacOS ou Linux. Si vous avez déjà installé une version antérieure de E-Forms (versions Filler, Java ou Reader), vous devez la désinstaller avant d'installer la nouvelle version." Bon, laisse béton...
Essai du second : même "pop-up" et : "Important : Pour télédéclarer, vous devez obligatoirement utiliser l'option "Remplir en ligne" de votre déclaration des revenus ou passer par la télédéclaration simplifiée."

Le troisième sera peut-être plus claire ? "Télédéclaration simplifiée - Démonstration de la télédéclaration simplifiée (nécessite le plug-in flash de Macromédia)". Ca commence bien ! Faut déclarer en Flash, maintenant ?
Pourquoi faire compliqué quand on vous propose la procédure simplifiée. Premier écran, suite, deuxième écran où il me faut accepter les termes du "contrat d'adhésion" (contrat ! contrat ! quel contrat ?). Bon, j'accepte. Mon ordinateur n'est pas d'accord, lui, et me balance un "Message de sécurité : Le certificat a été émis par une société à laquelle vous n'avez pas choisi de faire confiance (...) La date du certificat de sécurité n'est pas valide." Minefi ? Vous avez dit Minefi ? Bon, allez, bon prince, je vais faire confiance. S'ouvre un troisième écran. Alors que j'entrevois l'issue de ce télélabyrinthe, je lis : "Saisissez les données figurant sur le formulaire papier qui vous a été adressé par l'administration : Votre numéro FIP (19 caractères sans espace), Votre numéro de télédéclarant (6 chiffres sans espace)."
Numéro FIP ? Télédéclarant ? Sans espace ? Mais puisque je m'évertue à vous expliquer que c'est ma première fois ! Ah, non ! Là, c'est est trop ! De quelques clics rageurs, je m'évade du Minefi avant qu'il ne me retienne prisonnier.
J'attendrai qu'elle arrive par la poste cette satanée déclaration. Et si elle n'arrive pas, tant pis pour eux. N'ont qu'à faire des "déclarations simplifiées" vraiment "simplifiées". Non mais !

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Internet Actu 80, jeudi 29 mars 2001

Fièvre affreuse

Incorrigible naïf, j'avais cru que la Net-économie se bâtirait sur une éthique noble, transparente, pleine des bons sentiments qui agitaient une nouvelle génération d'entrepreneurs née avec le Web, donc toute jeune, celle des Jerry Yang, quoi !
J'avais sans doute oublié qu'économie rime avec argent. Et que, contrairement à ce que l'on affirme, celui-ci a une couleur, plutôt verte, et une odeur, celle du cynisme.

La lecture de notre Une de cette semaine est édifiante. La guerre d'intérêts que se livrent actuellement l'Europe et les Etats-Unis à propos de la protection (ou non) des données privées recueillies sur les internautes au gré de leur navigation sur le Web, illustre parfaitement ce cynisme, véritable fièvre aphteuse qui ronge le e-commerce.

Ce cynisme a désormais un visage : la Online Privacy Alliance, dont l'objet est exactement inverse à ce qu'il semble être. Les Yahoo!, eBay, Microsoft, AOL-TimeWarner, mais on pourrait sûrement y ajouter des Amazon, DoubleClick et autres TiVo, sans oublier, dans un autre registre, celui de la gestion des noms de domaine, l'Icann dont la politique semble largement dictée par des considérations sonnantes et trébuchantes, ces nobles acteurs de la Net-économie donc sont fermement décidés à défendre pied à pied la mine d'or que constituent pour eux la possibilité d'exploiter à leur compte et/ou de revendre à des tiers les précieuses données marketing qu'ils engrangent à coup de cookies et de logiciels de tracking. Pourquoi s'en priveraient-ils d'ailleurs puisque certains organismes officiels de leur pays leur montrent le bon exemple : Echelon, Carnivore, etc.

On va sans doute me reprocher d'enfoncer des portes ouvertes, mais il est parfois utile de rappeler certaines vérités élémentaires pour dé-banaliser les pratiques déviantes qui s'installent peu à peu. On va sans doute aussi me reprocher de ne m'attaquer qu'aux Américains, aussi je m'empresse de dire que je mets pas mal de Net-entreprises européennes et françaises dans le même panier.

Bef, j'avais pensé que les dotcom refuseraient d'employer les méthodes de "l'ancienne économie". J'avais tort. Elles les reprennent à leur compte sans état d'âme. En pire...

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Internet Actu 81, jeudi 5 avril 2001

Si Karl Marx voyait ça, qu'en Spencerait-il ?

L'e-mail devient une arme de destruction... d'emplois. C'est par e-mail que les quelque 1.700 salariés français de Marks & Spencer ont découvert qu'ils allaient se retrouver sur le carreau pour cause de fermeture des 18 magasins du groupe dans l'Hexagone.
Paraît que le succès de leurs confitures anglaises ne compense pas les pertes enregistrées sur l'habillement. Faut dire que vouloir habiller les Français... ils sont fous ces British !
Même les cadres dirigeants français n'étaient pas au courant de la décision, et l'auraient apprise par e-mail. Difficile à croire, mais après tout, dans ce bas (très bas) monde, on arrive toujours à faire pire...

Par contre, le PDG de Marks & Spencer, le Belge Luc Vandevelde, s'est bien gardé d'annoncer par e-mail qu'en échange, il allait toucher une prime de... 6,8 millions de FF pour réalisation des objectifs stratégiques fixés par les actionnaires. La fermeture de 18 magasins et l'envoi de 1.700 salariés à l'ANPE (4.400 au total en Europe) sont évidemment les moyens les plus sûrs de ne pas voir ce bonus lui passer sous le nez.
D'ailleurs, l'action Marks & Spencer a immédiatement bondi après l'annonce. Et comme M. Vandevelde aurait reçu quelque 110 millions de FF en stock-options...

Bref, patrons de tous les pays, unissez-vous, et licenciez par e-mail. Une fois envoyé votre mail-couperet, engouffrez-vous dans votre ascenseur privé, puis dans votre limousine, et, l'esprit apaisé par le devoir accompli, allez dépenser un peu de la fortune bien méritée qui va vous tomber dans l'escarcelle en allant dîner dans un restaurant branché... Et surtout, ne pensez pas aux milliers de pauvres types dont vous venez, d'un simple mail, de briser la vie, ça pourrait vous empêcher de dormir du sommeil du juste. Car, demain, il faut être en forme. Qui sait, il y aura peut-être d'autres mails important à envoyer...

Au fait, chez Lu, ils ne connaissent pas l'e-mail ?

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Internet Actu 82, jeudi 12 avril 2001

Les disjonctés du Net

Prénom : Tomer. Nom : .Com. Bref, Tomer.Com. Bon, et après ? Eh bien après, Tomer.Com n'est pas un site, mais un jeune Israélien !
Tomer, né Krissi, a légalement changé de patronyme, avec l'accord du ministère israélien de l'Intérieur. Il s'appelle désormais .Com. Le gugusse déclare être un passionné du Net. Moi, je dirais plutôt, ravagé du Net.
D'ailleurs, un simple petit tour sur le site de l'énergumène -- Tomer.com, évidemment, l'homme et son site ne font plus qu'un -- suffit à s'en convaincre. Design ringard et kitsch à souhait, fichiers audio incliquables, page introuvable... Le machin serait à la rigueur sympathique venant d'un gamin de 10 ans. Mais notre disjoncté du bulbe en a 25 ! Et se dit (sur son CV en espèce de PDF du pauvre, du type photocopie scannée flou), oui, se dit... informaticien.

Vous ne croyez toujours pas que le Net peut ramollir les neurones ?
Alors continuez à lire.

Car, à mon humble avis, le gars Tomer n'a pas eu cette brillante idée tout seul. Mon petit doigt me dit qu'il s'est inspiré d'un autre allumé, un Texan, Mitch Maddox, rebaptisé DotComGuy.
Celui-là a fait très fort aussi. Il a passé toute l'année 2000 (oui, 365 jours !) dans une maison de Dallas, sous l'oeil voyeur d'une armée de webcams, et n'a vécu que par le Web.
Une opération 100% e-commerce, naturellement. A but strictement lucratif, porté par une société commerciale, la DotComGuy Inc., dirigée par un copain (enfin, plus maintenant !). Parmi ses sponsors : Travelocity, UPS et, tenez-vous bien, "The Dot Com People (TM)", alias... Networks Solutions.
Mais qu'allaient-ils donc faire dans cette galère ? De la pub, pardi !
Et DotComGuy (DCG pour ses millions d'intimes, parce qu'il a son fan club) a rempli son contrat : un an plein, grâce à Internet. Sauf qu'à la fin, le premier janvier dernier, DCG a vu son "salaire" de 100.000 $US lui passer sous le nez. Arnaqué par son ex-copain, le DCG ! Bien fait ! Ca fait partie des risques du métier...

Alors, vous me croyez maintenant ? Toujours pas ?

Bon, alors, une dernière : Jennifer Ringley. Encore une Américaine. Elle vit normalement -- enfin, si l'on peut dire --, avec son ami et ses chats. Elle ne fait rien de spécial, elle vit tout simplement, mais elle offre sa petite vie en pâture à tous les cyber-voyeurs puisque sa maison est truffée de webcams. Passionnant, non ? C'est pas cher, c'est 15 $US l'abonnement pour 90 jours !

Moi, je vous le dis, c'est sûr, le Net rend fou...

Enfin, au cas où, je vais quand même faire une demande officielle pour Bruno.Fr...

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Internet Actu 83, jeudi 19 avril 2001

Caprice de gosses de (pays) riches

Le monde est un village global, paraît-il. Dans ce cas, c'est une version "gore" de Clochemerle, vu le nombre de conflits qui l'ensanglantent. Et puis, considérant les différences culturelles qui, heureusement, font sa richesse, j'en doute. Mais c'est une autre histoire...
Voici celle qui m'occupe aujourd'hui.
Imaginons que ce soit-disant village planétaire ait 100 habitants. Un microcosme du monde, en quelque sorte.
57 villageois seraient asiatiques, 21, européens, 14, américains (du nord au sud), et 8, africains.
52 seraient des villageoises (et 48 des villageois, CQFD). 70 de ces clochemerliens ne seraient pas blancs, 70 ne seraient pas chrétiens, 11 seraient homosexuels, 6 (tous états-uniens) posséderaient près de 60% de la richesse mondiale, 80 vivraient dans des habitations insalubres, 70 seraient analphabètes, 50 souffriraient de malnutrition, un serait en train de mourir, et un en train de naître. Un seul aurait un diplôme universitaire et... un seul posséderait un ordinateur. Un seul !
Ce qui signifie donc que moins d'un seul aurait accès à Internet !

Je ne sais pas si ces chiffres sont 100% exact, mais qu'importe. L'important est qu'Internet reste un luxe réservé à une minorité de privilégiés (dont nous sommes), un joujou de gosses de (pays) riches. L'immense majorité des êtres humains a d'autres priorités : manger, se soigner, en un mot, survivre.

De l'autre côté du mur qui ceinture ce bidonville global, une minorité se lamente : profit warnings, yoyo des bourses, start-down, clic qui prend des claques et "mortar" qui reprend du poil de la bête, licenciements, "Que se passe-t-il ? Le Net-eldorado est déjà derrière nous ?" Un spleen d'enfant gâté, une déprime de drogués de la surconsommation, une indigestion de marchés proches de la saturation (en téléphones mobiles, par exemple, d'où les gémissements et grincements de dent des Ericsson, Philips et consorts).
Ce cyber blues des gosses de (pays) riches a même inspiré un site d'un nouveau genre, au nom révélateur : Antisinistrose.com. Je ne commenterais pas l'initiative, à première vue sympathique, sauf pour dire que je me pose quand même quelques petites questions sur les motivations réelles de ses promoteurs, dont l'un est PDG de Kelkoo. Un coup ? Quel coup ? Bon, vous irez voir si ça vous chante.

Bref, le microcosme internautique qui avait panurgement cédé au chant des sirènes du Net aurait sombré dans la sinistrose, prêt à se noyer dans une larme.
Un peu de décence, que diable ! Il est temps de ramener les choses à leur juste proportion. 99% de clochemerliens planétaires n'ont jamais vu de près un ordinateur, et encore moins une page Web. Alors, vous pensez, pour tous ceux-là, la petite crise d'adolescence de la Net-économie, c'est un non-événement. Un petit coup de tabac sur un îlot paradisiaque perdu au milieu d'un océan de pauvreté, qu'est-ce que ça change pour les naufragés ?

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Internet Actu 85, jeudi 3 mai 2001

Basic Instinct

Aziz couchera-t-il avec Kenza ? Jean-Edouard avec Julie ou Delphine ? Steevy aime-t-il les filles ou les garçons ? De quelle couleur sera la petite culotte de Loana aujourd'hui ? Qui est de corvée vaisselle ce matin ? Pourquoi David est-il parti ?Qui sera éliminé ce soir ?
Insoutenable suspense ! La France retient son souffle depuis une semaine. Oubliés les inondés de la Somme, les licenciés de Lu, Marks & Spencer et Moulinex !

Télé hertzienne (gratuite) ou satellite (payante), audiotel (2,21 FF la minute), PQR, Internet... Impossible d'y échapper. Près d'un million de visites par jour, paraît-il, sur le site décliné en ".com", ".fr" et ".net", pour être sûr que personne ne le rate.
On se demande d'ailleurs comment vu la manière dont le site plantait les premiers jours. Enfin pas tout : les nombreuses pubs, elles, marchaient très bien ! L'orthographe, un peu moins bien : "Suivez la vie nocturne (!) des 11 concurrents (...) et participer (sic) ainsi à tous les moments de cette grande aventure...", lit-on sur le pop-up du flux "live".

Sur un certain forum de discussion réservé aux professionnels de la profession journalistique, le débat fait même rage sur le fait de savoir si la production de ce monument de nivellement pas le bas emploie ou non de "vrais journalistes".
Entre nous, qu'est-ce que ça peut bien foutre ?

Racoleur ? Voyeur ? Comme vous y allez ! Quelle mauvaise foi ! Un édifiant décorticage psycho-sociologique de la jeunesse française d'aujourd'hui représentée par un échantillon élaboré à l'issu d'un long casting : une petite bourgeoise BCBG soûlante, une pin-up blonde stringuée façon Copacabana, deux beurs (tiens, y'a pas de black), un genre étudiant un peu bohême, un barman oxygéné de boîte de nuit, un cabriolet Mustang à gagner (ah non ! excusez-moi, ça c'est une bannière de pub ! Je m'y perds)... Une grande première médiatique, un coup de jeune dans le PAF !

Tiens, David aurait pas changé sa raie de côté ? Mais non, David, c'est celui qu'est parti ! Ah bon ! Au moins un de sensé ! Et Jean-Edouard, il était pas chatain hier ? Ben si, il s'est teint en blond au cours de la maquillage party. Tu suis pas !

Et dire que sans Internet, je raterais tout ça ! J'espère que TF1 va monter un site pour "Opération Robinson" !

Lamentable ? Vous avez dit lamentable ? Mauvaise langue !

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Internet Actu 86, jeudi 10 mai 2001

T'as pas dix balles ?

Nouvelle perle dans notre série sur les disjonctés du Net. Celle-ci nous vient du propriétaire d'une boite postale de Los Angeles, un certain Rich Schmidt, 40 ans, qui dit être un professionnel du marketing.
Et de le démontrer en montant un site dont le nom a le mérite d'être limpide : Sendmeadollar.com (qu'on pourrait traduire pas T'aspasdixballes.com). Le principe est on ne peut plus simple : il s'agit d'envoyer un simple dollar à Rich Schmidt par la poste.
Rich Schmidt est un type honnête : en contrepartie de l'obole, il ne promet... rien du tout, sinon qu'il déclarera le fruit de sa quête aux impôts !
Rich Schmidt n'est pas un pro du marketing pour rien : son dollar, il le justifie comme une reconnaissance de sa bonne idée. "C'est une idée que vous auriez bien aimé avoir le premier. Si vous l'aimez, envoyez-moi un dollar", explique notre marketeur, qui offre quand même en échange à ses généreux contributeurs de laisser un message sur son site, notamment pour faire connaître leur propre site.
Et comme, apparemment, il n'est pas égoïste, mais plutôt plein d'humour, Rich Schmidt présente une quarantaine de sites "concurrents", parmi lesquels certains valent leur pesant de cacahuètes, comme "The Society To Prevent My Employment" (Société pour être sûr que je n'ai pas besoin de travailler), "Make Me Richer Than Bill Gates", "Cyber-Bum" et autres "Virtual Bum" (cyber clodo).

Bref, les Américains ont inventé la cyber manche.
Et vous savez quoi ? Eh bien Rich Schmidt a déjà reçu plus de 3.100 $US à ce jour.
Moi, vous me connaissez, ça m'a donné une idée. Alors, c'est décidé, Internet Actu devient payant !
Enfin, seulement pour ceux qui veulent.
Si vous aimez Internet Actu, si les édito vous font parfois sourire, envoyez-nous 10 FF (liquide et chèque acceptés, pas de CB, SVP). Adressez votre don à Rédaction Internet Actu (vous trouverez notre adresse en fin de lettre).
Je vous promets qu'une fois la cagnotte pleine, la rédaction ira faire un gueuleton à votre santé !

Désormais, je vais guetter le facteur avec impatience. Ce sera plus amusant que d'ouvrir chaque matin un tas d'enveloppes pleines de communiqués de presse sans aucun intérêt, d'autant plus qu'on les a souvent déjà reçus par fax et par e-mail.

A vot'bon coeur m'sieurs dames...

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Internet Actu 87, jeudi 17 mai 2001

Le Seigneur des Anneaux et le Quatrième Pouvoir

Dimanche 29 avril, le site perso de Sébastien Dupont, "Le Seigneur des Anneaux, Bientôt au cinéma", hébergé chez un "gratuit" français dont le nom résonne d'un doux air de liberté (non, pas Liberty Surf !), est fermé sans préavis.
Notre fan de Tolkien appelle immédiatement la hot line du FAI. On lui explique que c'est sans doute parce que son site ne respecte pas la Netiquette. Réponse peu convaincue car, dans l'impossibilité d'en dire plus, le hot liner conseille à notre passionné de cinéma de rappeler après le retour du responsable.
Ah ! Le responsable, le chef, ce bouclier protecteur du travailleur désemparé, celui qui sait tout, qui a toujours raison, qui a forcément la bonne réponse et la solution !

Trois jours plus tard, Sébastien Dupont rappelle la hot line. Nouveau son de cloche : son site faisait trop de trafic, c'est pour cette raison qu'il a été coupé. En bref, il bouffe trop de bande passante. Oui... mais le contrat du FAI ne stipule nulle part qu'un trafic trop important entraîne la fermeture d'un site !
Au détour de la conversation, notre cinéphile webmestre apprend en plus que les données qu'il n'avait pas sauvegardées depuis trois mois (ah, l'imprudent !) ne sont pas récupérables. Dur dur...

Furieux, Sébastien Dupont ouvre un autre site pour expliquer cette affaire et met en place un livre d'or pour recevoir des messages de soutiens. Plus d'une centaine d'internautes lui envoient leurs encouragements.

Le vendredi 4 mai, ne sachant plus à quel saint (Isidore) se vouer, il écrit à la rédaction d'Internet Actu pour savoir vers qui se tourner pour récupérer ses données et dénoncer les pratiques illégales de Free (eh oui, vous aviez bien deviné !).

Le 9 mai, un journaliste d'Internet Actu - Martin Jouanneau, grand protecteur des cyber veuves et des internautes orphelins (de leur site) - décroche son téléphone et contacte le directeur générale de Free.
Celui-ci explique alors la politique de la maison en matière de coupure de site : comme tous les autres FAI, Free a besoin de l'injonction d'une autorité judiciaire pour agir. Ce n'a pas été le cas pour le site en question.
Quant à la question de l'importance du trafic, le DG de Free reconnaît qu'au moins une centaine de sites perso hébergés chez lui ont des statistiques supérieures à celles enregistrées par celui de Sébastien Dupont (500 visites par jour en moyenne, et 20.000 par jour pendant les trois jours précédant la fermeture, un pic dû au fait que le site affichait des "photos exclusives").
En conclusion, le DG de Free avoue... ne pas savoir pourquoi le site a été fermé ! Et de nous promettre qu'il va enquêter.

Après vérification, il nous informe que... c'était une erreur de la part de ses services. Le site est immédiatement rouvert, les données perdues, mystérieusement retrouvées, et Sébastien Dupont, de nouveau heureux.

Tout est bien qui finit bien, direz-vous.
Certes. Mais, moi, je demande : pourquoi un client qui appelle son fournisseur, quant bien même il serait gratuit, se fait mener en bateau, alors qu'en deux coups de fil, un journaliste obtient gain de cause ?

Vous n'avez pas une petite idée ?

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Internet Actu 88, mercredi 23 mai 2001

Omnipub qui mal y spamme !

Les lecteurs d'IA le savent, j'ai une sainte horreur du spam, que dis-je, j'entretiens une haine farouche contre cette pratique que je considère comme une intolérable atteinte à ma vie professionnelle et privée.
Il y a quelques temps, j'ai reçu plusieurs jours d'affilé, et parfois en plusieurs exemplaires, un "pourriel" d'une boîte (Omnipub.net) me proposant des cartes de visites (papier !) gratuites. Merci, j'ai déjà ce qu'il faut !
Je suis patient et de bonne composition, mais il y a des limites. Au énième exemplaire, j'ai abandonnée mon habituelle netiquette polie et envoyé ce "reply" laconique :
"Ras le bol de votre spam quotidien ! Vous allez arrêter ?"

Vingt-trois heures plus tard (réactivité... omnibus), réponse de l'omnispammeur omniprésent dans ma boîte mail. Je vous laisse savourer :

"Cher Monsieur,
Votre e-mail semble se trouver par erreur sur notre liste de clients&prospects. Veuillez accepter nos excuses pour la gêne occasionnée. Nous rayons immédiatement votre mail de notre base, et recherchons son mode d'entrée dans nos bases. Nous utilisons parfois des sources additionnelles à notre propre fichier pour envoyer nos e-mailings. La qualité de ses bases n'est pas toujours vérifiable.
Le spam n'est malheureusement toujours pas interdit en France (tant qu'une personne physique ou morale n'a pas expressément signifié son refus de recevoir des publicité non-sollicitées, la loi ne sera pas violée). Une loi est en cours d'étude pour juin 2001. La seule sanction est commerciale, le boycott par les internautes. C'est pourquoi nous engagerons toutes les rétorsions possibles contre les fournisseurs de fichier peu soucieux de notre crédibilité commerciale.
Veuillez agréer Monsieur nos sincères excuses.
Le service commercial Omnipub.net
"

Alors là, je dis bravo !
Bravo parce qu'Omnibidule avoue qu'il exploite des listes de clients qu'il n'a pas constitué lui-même et dont il ne sait pas vraiment d'où elles sortent ! Si Omnitruc reconnaît le manque de qualité et de fiabilité de ces listings, ça ne l'empêche apparemment pas de les utiliser !
Bravo parce que l'excuse "juridique" d'Omnimachin est culottée. Donc tant qu'on a pas poussé un coup de gueule, le spam est tout ce qu'il y a de réglo. Ce qui n'empêche pas Omnischtroumpf de déplorer qu'il ne soit "toujours pas interdit en France". Dans ce cas, pourquoi le pratique-t-il ? S'il veut partir en guerre contre "les fournisseurs de fichier peu soucieux de [sa] crédibilité commerciale", le mieux serait peut-être de ne pas recourir à eux, non ?

C'est toujours la même chose : tant que le gendarme n'est pas planqué au coin du bois, on en profite, plutôt que de montrer le bon exemple en adoptant une certaine éthique !

Désespérant...

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Internet Actu 89, jeudi 31 mai 2001

Cyber guerres et guéguerres

Dans toute guerre, réelle ou froide, la propagande a toujours été une arme stratégique. Et, signe qu'il compte définitivement autant que les autres médias, Internet s'est hélas ajouté aux autres champs de batailles.

En octobre 2000, dans le conflit israélo-palestinien, l'Intifada s'est étendue aux sites Web. Celui du Hezbollah libanais a été victime d'attaques par saturation.
En mars dernier, toujours au Moyen-Orient, c'est un virus "pacifique" (mais virus quand même) qui générait une fenêtre où s'inscrivait un appel en faveur du peuple palestinien.

Au Cachemire, le conflit larvé qui oppose Indiens et Pakistanais a gagné le Web en 2000. Une quarantaine de sites indiens ont ainsi été piratés : un message pro-pakistanais s'affichait sur leurs pages d'accueil.

Plus récemment, dans la guerre froide sino-américaine, soudain attisée par la collision entre un avion espion américain et un chasseur chinois le 1er avril dernier, les "hackers" des deux bords s'en sont donnés à coeur joie dans une joute où il s'agissait de défendre l'honneur national.

Dernièrement, deux virus "anarcho-pacifiques" sont apparus sur le réseau. L'un, "Mawanella", veut, comme son "cousin" palestinien", sensibiliser les internautes au sort des musulmans au Sri Lanka. L'autre, baptisé "LoveLet-CL", contient dans son code un texte critique à l'encontre de la politique américaine et du système d'écoute Echelon (lire en Société).

Depuis cette semaine, la France n'est plus épargnée. Dans la petite guéguerre pré-électorale qui durcit la cohabitation depuis quelque temps, le Web joue son rôle.

Ainsi, les webmestres du site de l'Elysée, et au-delà, sans doute Jacques Chirac lui-même, sont furieux des allégations reprises dans l'Express de ce jeudi 31 mai 2001. Le site de la Présidence de la République est accusé d'avoir plagié, sur son Forum "Exprimez-vous sur l'avenir de l'Union européenne", ouvert le 9 mai dernier, des documents et contributions issus des groupes de réflexions lancés par Pierre Moscovici, ministre délégué chargé des Affaires européennes, dont certains ont été publiées dans la rubrique du site du ministère des Affaires étrangères consacrée au débat sur... l'avenir de l'Europe, et dont d'autres ne seront publiés que début juin sur le site Sources d'Europe, dans la rubrique consacrée au... débat sur l'avenir de l'Europe.
Pierre Moscovici, ses webmestres et, au-delà, Lionel Jospin sont tout aussi furieux d'avoir été "piratés" par l'équipe de l'ennemi, Jacques Chirac.

Question : comment peut-on pomper quelque chose qui n'a pas encore été mis en ligne ? A moins que les documents en question aient fait l'objet de "fuites"...

Quoi qu'il en soit, cette nouvelle "affaire d'Etat", nouvel accroc dans la cohabitation et... dans la Toile franchouillarde, ne donne pas une image très relevée du Web français.
Clochemerle, Clochemerle....

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Internet Actu 90, jeudi 7 juin 2001

Portes ouvertes et langue de bois

De tout-va-bien à rien-ne-va-plus en passant par attention-ça-se-dégrade, ça-ralentit-mais-ça-va-pas-durer ou c'est-carrément-la-crise-on-est-dans-le-mur, on se sent largué lorsqu'on écoute les nouvelles économiques, et surtout Net-économiques, et les cours de la Bourse. On ne sait plus à quel saint (Isidore) se vouer, et c'est encore pire lorsqu'on essaie de décrypter les commentaires alambiqués à souhait des "spécialistes", "analystes", "consultants" et autres gourous de la boule de cristal économique qui interviennent à longueur de colloques, séminaires, forums, émissions télévisées, etc.
La confusion est à son comble quand, là-dessus, les politiques ajoutent leurs "messages" rassurants du style ça-va-pas-si-mal-que-ça-rassurez-vous-on-est-là...
Bref, tout, n'importe quoi, et surtout le contraire !

Or, il se trouve que je suis tombé hier sur le site perso d'un de mes confrères (mais non, il ne s'agit pas de corporatisme, juste d'une coïncidence), Martin Granger. Site fort sympathique et bien foutu au demeurant.
Et là, révélation ! J'ai découvert l'extraordinaire outil qu'utilisent les susdits.
Cet outil magique, c'est le Gacte, c'est-à-dire le "Générateur automatique de caca de taureau (bullshit, en anglais) économique". Un truc génial qui m'explique enfin pourquoi je ne comprends jamais rien aux commentaires éclairés desdits gourous.
Vous cliquez et le Gacte vous pond illico un superbe morceau de langue de bois Net-économique plus vrai que nature, c'est pas peu dire.

Allez, pour vous mettre l'eau à la bouche, je vous en cite un au hasard (en remerciant au passage Martin Granger) :
"Qu'on le veuille ou non, les concepteurs de solutions m-commerce se rongent les sangs face aux fluctuations irrationnelles qui secouent le Nouveau Marché. Nous avons franchi la ligne rouge. A ce stade, si l'on veut s'en sortir, l'alternative est la suivante : soit les décideurs licencient en masse pour réduire les coûts salariaux, soit nous concentrons tous nos efforts sur l'innovation technologique et le développement de nouveaux besoins. Cependant, il faut savoir raison garder, tant il est évident que la reprise s'amorce, j'en suis pour ma part convaincu. Un rapport confidentiel de l'OMC estime en effet probable que l'indice des prix à la consommation nous réserve d'heureuses surprises."

En soi, ce n'est pas à se tordre, mais en faisant tourner le générateur, on découvre une dizaine de versions de ce même enfonçage de porte ouverte. Et là, c'est franchement hilarant !

Exemple : "De toute évidence, les pionniers historiques du e-business se font un sang d'encre après les résultats prévisionnels catastrophiques des entreprises les mieux cotées du secteur. Personne ne sait encore combien de temps cette situation va durer. A ce stade, si l'on veut s'en sortir, l'alternative est la suivante : soit les sociétés prennent l'initiative d'une restructuration du secteur par un mécanisme de fusions et acquisitions successives, soit une campagne de communication massive favorise un retour de la confiance. Cependant, nous ne devons pas céder à la panique, tant il est évident que des signes forts nous montrent que la confiance regagne du terrain. Un rapport confidentiel de l'OMC estime en effet probable que l'engouement des Français pour la communication sans-fil devrait connaître un grand bond en avant."

Enfin... pas si hilarant que ça, finalement, lorsqu'on réalise que nos brillants penseurs économiques ont tous, ou presque, un Gacte dans le ciboulot.

Allez donc vous amuser cinq minutes avec le Gacte, ça vous fera oublier un peu que vous ne comprenez plus rien à ce qui se passe.

Quant à moi, je crois que je vais me bricoler un Gacte à moi, que je rebaptiserai Jacte (Jargonneur automatique de conneries tape-à-l'oeil pour éditos)...

Et comme Martin Granger, lui, ne pratique pas la langue de bois, il donne des liens vers d'autres générateurs aléatoires, dont je me permets de reproduire ici les plus "Net-économiques".

Le Gacte de Martin Granger :
http://margranger.free.fr/bullshit.htm

Le pipotron :
http://www.cerclo.com/jeux/pipotron.html

Sur Charabia.net (particulièrement, le générateur de communiqués de presse pour start-ups, le générateur de phrases de consultant, le générateur de questions techniques de configuration pour Linux) :
http://www.charabia.net/

Le Web Economy Bullshit Generator :
http://www.dack.com/web/bullshit.html

Le Wired Magazine Phrase Generator :
http://reality.sgi.com/dawson_engr/phrases/wiredPhraser.cgi

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Internet Actu 91, jeudi 14 juin 2001

Halte à Vista !

Les moteurs de recherche sont une bénédiction pour l'internaute. Sauf quand ils se transforment en petits Echelon potentiels.
De quoi parle-t-il encore, vous demandez-vous sans doute.
D'AltaVista, réponds-je.
D'AltaVista qui se tourne vers le marché des entreprises, et propose depuis le 12 juin un nouveau moteur de recherche qui leur est précisément destiné, AV Enterprise Search.

Ce Napster des intranets est capable de rechercher et de répertorier tous les documents numériques existant sur un sujet donné au sein d'une entreprise en réseau, et ce où qu'ils soient stockés : bases de données, naturellement, serveurs divers, mais aussi disques durs des postes de travail individuels et... comptes e-mail. Ce moteur peut farfouiller dans plus de 200 formats applicatifs et travailler dans plus de 30 langues. Puissante, la bête !

Un formidable outil de productivité et de management de l'information, inévitablement éparpillée dans tous les recoins de l'entreprise, dans un monde où, justement, l'information est devenue la matière première essentielle, s'extasie-t-on chez AltaVista, très fier de son engin d'intelligence économique interne.

Super ! Sauf que...

Imaginez un peu que votre patron tombe ainsi sur le mail de candidature que vous avez envoyé la semaine dernière à une boîte concurrente !
Ou que votre collègue, mais néanmoins rival, commercial vous pique un client parce qu'il a mis la main sur la propale sur laquelle vous travaillez depuis trois jours !
Ou encore qu'un salarié découvre qu'un de ses collègues va être licencié, que la direction générale projette de fermer une usine ou qu'elle étudie secrètement un projet de fusion !
Ou enfin... que vos doux e-mails à la blonde du bureau 223 arrivent sur l'écran de votre DRH !

Bref, inutile de faire un dessin pour imaginer les dérives malsaines et la pagaille engendrées par une utilisation peu scrupuleuse de ce bel outil.
Certes, AltaVista a tout prévu. Le moteur peut-être paramétré pour ne chercher que là où on l'autorise à le faire et pour que son utilisation soit limitée à certains salariés.

Mais, pitié, pas de naïveté !

Déjà, outre-Atlantique, certains organismes, comme la Privacy Foundation, tirent la sonnette d'alarme.
Espérons surtout que les entreprises elles-mêmes pèseront bien les risques de cette arme à double tranchant.
Car, malgré toutes les bonnes résolutions, il peut être tentant de "surveiller" les salariés, comme il peut-être tentant pour ceux-ci de s'espionner mutuellement ou d'espionner leur hiérarchie.
En outre, si un tel système de recherche peut effectivement aider à améliorer la productivité de l'entreprise, il comporte aussi des risques certains en matière de sécurité et de confidentialité des informations.
Imaginez un peu qu'un hackeur à la solde d'un concurrent pénètre l'intranet de votre boîte et mette en marche ce beau joujou : que de jolis secrets concurrentiels à déposer sur le bureau du patron de son commanditaire !

Alta Brother, Big Vista... Mieux vaut ne pas jouer à l'apprenti sorcier.

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Internet Actu 92, jeudi 21 juin 2001

CQFD...

Il y a deux semaines, je me moquais de l'enfonçage de portes ouvertes et de la langue de bois qui sévissent dans les milieux Net-économiques "éclairés".
Eh bien, dans celui des cabinet d'études qui pullulent et qui nous abreuvent, en et hors ligne, de rapports "prospectifs" sur tous les sujets possibles, pourvu que l'on puisse y caser le mot Internet, c'est pas mieux, je vous le dit !

Rien que cette semaine, j'ai vu passer sur mon écran les confondantes conclusions de plusieurs de ces études.
Plus bateau, tu meurs !

Ca donne des trucs dans le genre : "Les internautes plébiscitent le haut débit à petit prix" (version cyber du célèbre slogan d'une chaîne de magasins de chaussures dans les années quatre-vingt : "Il faudrait être fou pour dépenser plus !") Surprenant, non ? Moi qui étais persuadé que les zinternautes préféraient le bas débit très cher !

Ou alors : "Les internautes sont prêts télécharger de la musique, à condition qu'elle soit bon marché" (décidément, l'univers de la godasse inspire !). Bizarrement, on pensait que le zinternaute préférait la payer hors de prix chez Carrefour, la compile de Britney Spear ou d'Hélène Ségara !
Pour cette remarquable découverte, remercions une célèbre boîte d'études anglo-saxonne dont le nom évoque, selon le niveau de maîtrise de la langue de G. W. Broussaille, une marque sur un banc ou une savante méthode d'étalonnage et de comparaison de la qualité.

Ou encore : "Le développement du commerce en ligne en France passe par un renforcement de la confiance entre clients et vendeurs." Une théorie révolutionnaire qui va à l'encontre de l'ambiante pensée unique qui soutenait jusqu'ici que plus le vendeur a une tronche d'escroc, plus l'acheteur est content de savoir qu'il est en train de se faire arnaquer. J'avoue que mettre un terme à l'une des plus graves controverses de ces dix-huit derniers mois méritait bien une telle enquête. Maintenant qu'on connaît la vraie vérité vraie, c'est sûr, le e-commerce va enfin exploser...

Soucieux d'améliorer la connaissance socio-économique des zinternautes et de contribuer ainsi au développement de la société de l'information, Internet Actu a donc décidé de se lancer dans cette passionnante activité : l'étude, le sondage, l'enquête. Et déjà, nos premiers travaux se révèlent extrêmement prometteurs. Nous avons découvert des choses étonnantes, insoupçonnables à première vue.

Ainsi sommes-nous en mesure de vous livrer nos premières conclusions :
- lorsqu'ils ne sont pas connectés au réseau, les zinternautes ne surfent pas,
- il est beaucoup plus facile d'accéder à un site Web en tapant sa bonne adresse dans le navigateur,
- en général, un e-mail arrive plus vite à son destinataire qu'une lettre par la poste,
- les connexions à haut débit sont plus rapides que les connexions en 56 K,
- plus on compresse le signal audio et vidéo, moins il pèse lourd et mieux il passe sur le réseau,
- et surtout, un véritable scoop qui risque de bouleverser l'ensemble du secteur des nouvelles technologies : les ratons laveurs ne savent pas ce qu'est Internet.
Plus une foule d'autres découvertes stupéfiantes que nous ne manquerons pas de vous faire découvrir en exclusivité au cours des prochaines semaines...

Ah, quand même, vous voyez, ça sert les études sur Internet et les zinternautes !

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Internet Actu 93, jeudi 28 juin 2001

BrunoDeLaPerriere.com

par... le même

Le développement du Web a engendré une guerre d'un nouveau genre, celle des noms de domaine, sur fond de flou juridique notoire.
Depuis, le droit a peu à peu repris le dessus (et les avocats spécialisés ont fait fortune). Danone, Leonardo, l'Afrique du Sud tout récemment, les usurpateurs de ".com" ont été mis au pas au profit des ayants droit légitimes.

Mais déjà, une autre bataille se profile, celle des noms de domaine personnel, non plus ceux des organisations et des sociétés, mais ceux des individus eux-mêmes, dont on pense qu'ils seront bientôt tous propriétaires d'un petit lopin de Web. Monsieur Jean Dupond aura ainsi son site JeanDupond.com, et on lui écrira @JeanDupond.com.

On imagine déjà l'éclosion soudaine d'une myriade de web agencies qui proposeront au citoyen lambda de lui concocter en deux temps trois clics son site perso avec boite aux lettres électronique consultable depuis les quatre coins du globe, contre trois photos de vacances, une courte bio et un joli petit chèque...

Vous croyez que je déjante ? Allez donc faire un tour sur Pdom.com !

Avec l'IPv6, puis l'IPv8, ce sera possible. Sauf qu'il va falloir se magner la souris. Parce que les premiers à réserver leur nom de domaine perso seront les premiers servis, et il n'y en aura pas pour tout le monde. Combien de Jean Dupond en France ? Certainement plusieurs centaines, voire plusieurs milliers. Or, il ne pourra y avoir qu'un seul JeanDupond.com. Idem pour tous les John Smith et les Igor Ivanov de la planète.

C'est précisément l'argument développé par le fringant Robert Wiles, néo-zélandais de son état, et créateur de Pdom.com, qui a trouvé un joli filon pour assurer sa retraite.
Lui dont le prénom est partagé par des millions de terriens, a été frappé par le mien. Il (enfin son service commercial) m'a donc écrit (oui, personnellement ! Mais non, c'est pas du spam !) pour m'avertir gentiment que mon nom était unique (lire plus bas). Bien que je n'en sois pas certain (doit bien y avoir un lointain cousin également prénommé Bruno), j'ai trouvé ça d'une grande délicatesse. Un bienfaiteur du patrimoine culturel mondial, le Bébert !

Bon, évidemment, sur son site, il y a quelques bizarreries. J'ai ainsi appris qu'aux seuls Etats-Unis, quelque 11.300 femmes se prénommaient... Robert, et près de 17.000, John ! Savais pas qu'il y avait autant de transsexuels outre-Atlantique...

En faisant une recherche sur "Bruno", j'ai ainsi appris que 13.500 Américain(e)s portent "mon" prénom. Malheureusement, le moteur ne décompte pas combien d'hommes et combien de femmes. Et surtout, information capitale, que 12.873.300 personnes ont un prénom dont l'initiale est "B". Ca méritait quand même d'y passer quelques minutes, une révélation pareille, non ?

Décidément, l'ami Robert a tout à fait raison : il n'y en aura pas pour tout le monde !
Et en plus, il n'est pas bête, le Bébert. Non seulement il vous propose de faire une offre d'achat sur votre nom de domaine perso, ce qui vous coûtera au minimum plusieurs centaines de $US, mais, brave homme !, il vous permet également de mettre votre futur ex-nom de domaine perso en vente... aux enchères !

Prix plancher pour BrunoDeLaPerriere.com (en catégorie Premium A, sûrement le top) : 200 $US. Coût de la mise aux enchères : 20 $US pour l'ami Bébert. Par ici, la bonne soupe !

Bon, je vous quitte, faut que j'aille voir si ma cote monte...

P.S. : Le gentil mail de l'ami Robert :

-----Message d'origine-----
De : PDNsales@pdom.com [mailto:PDNsales@pdom.com]
Envoyé : mardi 26 juin 2001 04:57
À : laperriere@ftpresse.fr
Objet : About BrunoDeLaPerriere.com

Dear Bruno
You are unique, and although your name Bruno de la Perriere is uncommon in the US, it is likely to be shared by others in the rest of the world. Did you know that James, John and Robert are the three most common first names in the US, each shared by over 4 million people, or that there are over 2.7 million Smith's in the US ? Your first and last names are uncommon and as a result you may be one of the few people in the world still able to register their own name as their Net identity (e.g. BrunodelaPerriere.com). (…)

© Bruno de La Perrière / Internet Actu, 2001

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