Mes éditos dans Internet Actu
(décembre 1999-janvier 2002)


Tantôt sérieux, souvent sarcastiques, parfois franchement provocateurs, voici les éditos que j'ai écrits pendant un peu plus de deux ans, alors que j'étais rédacteur en chef d'Internet Actu, d'octobre 1999 à janvier 2002. Internet Actu était à l'époque LE webzine de référence sur l'actualité des acteurs, des technologies et des usages de l'Internet. Originalité, cet hebdomadaire diffusé par mail n'était pas un "alerteur" ; ses plus de 100.000 lecteurs pouvaient le lire "in extenso" sans besoin d'aller "voir la suite" sur le Web. Sauf pour les liens communiqués à la fin de chaque article, qui permettaient au lecteur d'approfondir l'info. Ces liens, je les ai supprimés, à quelques exceptions près, car la plupart sont aujourd'hui obsolètes. Ce qui prouve que la longévité d'une page Web est toute relative...
Cette petite centaine d'éditos n'a qu'un mérite : elle témoigne de deux années d'évolution cruciale de l'Internet, avec ses réussites, ses échecs et malheureusement... ses abus.
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Internet Actu 16, jeudi 23 décembre 1999

Arrêtez de nous prendre pour des c... !

Nous prendrait-on, nous les internautes, pour des gogos, surtout en cette période commerciale intense de Noël ? Il semble bien que oui. Trois "affaires", rapportées dans notre rubrique Tendances et Enjeux de Société, en témoignent cette semaine.
France Télécom et Free annoncent aux Parisiens un ADSL qui reste indisponible dans plus des deux tiers de la capitale.
Les galeries commerciales de la toile clignotent de mille feux pour attirer le cyber-chaland et engranger du clic générateur de bandeaux publicitaires.
Pourtant, une étude d'Andersen Consulting montre qu'un quart des tentatives d'achat en ligne ne peuvent aboutir parce que les sites commerciaux ne sont pas prêts ou sont mal construits.
Quant à nos braves sénateurs, ils utilisent des produits... Microsoft pour mener leur sainte croisade en faveur d'Internet et des... logiciels libres !
Dès lors, comment les croire lorsqu'ils tentent de nous expliquer que nos propositions en ligne ont été prises en compte dans les modifications apportées à leur projet de Loi ! Leur crédibilité en prend un sérieux coup, non ?
L'Internet représente un enjeu économique, social et culturel majeur, c'est un fait désormais établi. Mais est-il bien nécessaire, au moment du passage symbolique à l'an 2000 qui marque notre entrée dans la société de l'information, de répéter les sempiternelles erreurs du passé dictées par l'appât du gain ou du pouvoir : publicité trompeuse, voire arnaque, mauvaise foi, démagogie...

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Internet Actu 17, jeudi 6 janvier 2000

Le calme après la tempête ?

Nous redoutions la paralysie de nos systèmes informatiques, nous avons été privés d'électricité, de téléphone, de trains. Nous nous angoissions pour des problèmes technologiques, la Nature s'est rappelée à notre bon souvenir, histoire de nous prouver qu'elle resterait toujours plus puissante que tous nos réseaux, nos processeurs, nos logiciels. Le monde attendait le Bogue, la France a eu droit à deux tempêtes quasi tropicales dans leur violence et à une marée noire qui se révèle de plus en plus grave au fil des jours. Triste fin d'année 1999.
Une année particulièrement éprouvante pour les informaticiens qui, après avoir préparé l'arrivée de l'Euro, ont dû mettre les bouchées doubles pour éviter la pagaille du passage des systèmes à l'an 2000. Pour l'instant, ils semblent avoir réussi. Le Bogue a battu retraite. Fait-il semblant d'hiberner pour mieux nous surprendre ou a-t-il renoncé face à l'invincible armure dont ils ont habillé leurs ordinateurs ?
Une année tout aussi difficile pour Microsoft, accusé d'abus de position dominante par la justice de son propre pays. Cette décision va-t-elle favoriser le développement d'une offre alternative souhaitée par les pouvoirs publics : MacOS (convalescent début 1999, Apple débute 2000 en grande forme), distributions Linux ?
Que nous réserve 2000 ? Un bogue à retardement ? Une implosion de la bulle financière qui entoure les valeurs Internet sur les grandes places financières, et que préfigure peut-être la chute des cours en ce début d'année ?
Ou bien sera-t-elle, comme on s'y attend, "l'année Internet", marquée par la montée en puissance des débits des réseaux (avec la généralisation de l'ADSL), la baisse des tarifs de connexion grâce au dégroupage attendu de la boucle locale, le vrai décollage du commerce électronique que l'on nous a annoncé en 1999 (d'ailleurs, est-ce vraiment souhaitable ?), l'explosion des technologies mobiles (GSM troisième génération, WAP...), la réalisation de la fameuse convergence que l'on nous annonce également depuis quelques années ? Sans compter la question essentielle : l'humanité saura-t-elle faire d'Internet un outil de progrès social ?
Espoirs... Inquiétudes... Allez, le monde ne change pas en un jour, d'un 31décembre à un premier janvier, fût-il 2000 ! Le monde sera toujours le monde, avec ses tempêtes et ses pot au noir, ses coups de coeur et ses coups de gueule, ses bons, ses brutes et ses truands.

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Internet Actu 28, jeudi 23 mars 2000

Un "word" de trop chez Microstress

Vous utilisez Word ? Tapez "Anti-stress" et demandez au correcteur orthographique de vérifier si vous ne vous êtes pas emmêlé le clavier entre le A capital et le trait d'union. Docile, le correcteur vous propose une correction : "Anti-arabes". Voilà qui devrait faire plaisir à MM Le Pen, Mégret et consort.
Quand "Anti-infectieux" est proposé à la place de "Anti-Internet", on sourie et on en profite pour mettre à jour son... anti-virus. Quand "Anti-effraction" ou "Anti-crevaison" est proposé à la place de "Anti-africain", on commence à avoir des doutes. Quand on en arrive à "Anti-arabes", on rie jaune (sans connotation aucune) !
Microsoft a beau se justifier en mettant ces "bavures" de langage sur le dos des algorithmes et parler d'une "erreur de fonctionnement du vérificateur d'orthographe", on se demande vraiment comment "Anti-arabes" est arrivé dans cette Wordesque galère. Sorti des explications "techniques", le communiqué de Microsoft qualifie de "regrettable" que le dictionnaire de Word intègre ce "mot du langage utilisé couramment".
On se demande qui fréquentent les développeurs de la firme de Redmond pour inclure un "mot du langage" qui n'est couramment utilisé que par une frange réduite de la population, n'en déplaise à MM...
N'étant pas "Anti-américain" -- d'ailleurs, Ô surprise, ce mot est inconnu de Word ! --, nous informons tous les stressés de Microsoft que Star Office, la suite bureautique de Sun, est téléchargeable gratuitement.

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Internet Actu 29, jeudi 30 mars 2000

Pigeon voyageur

Dans sa "Grosse Coupure" (à lire sur "internetactu.com", dont on ne signalera jamais assez qu'il n'est PAS la version Web d'Internet Actu, mais son complément), Ben&Fils pose et repose la question : à quoi sert Internet ? "C'est une excellente question, et je vous remercie de l'avoir posée", commentait naguère un certain Président de la République lorsqu'il ne voulait pas répondre.
Non seulement Ben&Fils pose la question, mais il la pétrit comme pâte à pizza, la triture en tous sens, la passe à la moulinette de la pensée de Marc-Aurèle, d'une lancinante réplique du Silence des Agneaux et de la stratégie du jeu de go selon Toshiro Kageyama. Et d'appeler à un salutaire retour aux "fondamentaux d'Internet". Tout cela pour conclure que "la réponse dominante", à savoir "à gagner de l'argent, de l'audience et du pouvoir", n'est peut-être pas la bonne.
Alors à quoi sert Internet ?
A faire de l'argent ? Certainement, le fulgurant développement du commerce électronique en témoigne. A faire de l'audience ? Egalement, puisqu'audience égale argent, ce qu'ont fort bien compris les grands portails et... les capitaux-risqueurs qui font la fortune du Nasdaq. A gagner du pouvoir ? Tout autant, puisque le pouvoir, c'est l'information.
C'est tout ? Non, et c'est heureux.
Internet ne serait pas ce qu'il est sans ce qui constitue sans doute la plus belle invention après le pigeon voyageur, ancêtre du facteur : le mail.
Le mail qui, demain, sera aussi mobile que le pigeon, avec l'Internet sans fil, dont on nous annonce l'avenir radieux. Internet ne s'est pas encore imposé qu'il fait déjà sa révolution. Quelle santé !
Internet ne serait pas non plus ce qu'il est sans l'invention de la page perso qui donne soudain la possibilité au sans-grade, à l'anonyme, à l'obscur de s'exprimer au grand jour numérique. Cette liberté n'a pas de prix, même si, l'homme restant l'homme, c'est-à-dire un être faible et corrompu, elle donne lieu à certains débordements. Prions pour que les Etats, les régulateurs, les Echelon, mais aussi les assoiffés d'argent, d'audience et de pouvoir n'étouffent pas cette précieuse spontanéité.

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Internet Actu 30, jeudi 6 avril 2000

Avertissement aux batraciens du Net

La grenouille de la "nouvelle économie" qui se voulait faire aussi grosse que le boeuf de "l'ancienne" se serait-elle brusquement assagie ? Chancelante depuis quelques semaines, la bulle Internet a brusquement connu une chute de pression ces derniers jours, aidée par... Microsoft, en plein trou d'air juridique.
Faut-il s'en réjouir ? Je le crois. Mieux vaut une correction en douceur qu'une implosion aux répercussions inquiétantes pour l'économie toute entière, à commencer par le marché de l'emploi, encore malade sur le Vieux Continent, et notamment en France. Une telle implosion nous aurait replongés dans une crise dont nous sortons à peine, et aurait cassé net la croissance retrouvée, comme la tempête de Noël dernier a brisé net les troncs de nos arbres.
Le fait que Bill Clinton ait invité les ténors de la Net Economie à la Maison-Blanche (y compris Bill Gates) dénote bien cette inquiétude de voir une crise grave mettre par terre sept ans de vaches grasses.

Est-ce pour autant la fin du miracle ".com" ? Je ne le crois pas. Simplement, d'un certain mirage.
Le recul des valeurs high tech montre que les marchés financiers (sans doute aidés par les avertissements de quelques gourous, et échaudés par la crise asiatique) sont plus sages qu'on aurait pu le croire. Sésame magique du capital-risque ces derniers mois, ". com" ne rime plus obligatoirement avec ".$".
Il ne suffit plus d'annoncer son intention de monter un site pour y vendre... la même chose que l'épicier du coin, pour que les investisseurs en chasse de plus-values rapides se précipitent. Il faut désormais proposer un concept innovant correspondant à un réel besoin du cyber consommateur, c'est-à-dire tout bêtement à un marché, et apportant une vraie valeur ajoutée. Réinventer le fil à couper le beurre, fût-il électronique, n'est pas tenable.
L'argent est le nerf de la guerre, dit-on. Or, les nerfs véhiculent certes le plaisir, mais aussi la douleur. Avis aux batraciens du Net...

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Internet Actu 31, jeudi 13 avril 2000

Nightmare.com

Cette nuit, j'ai fait un terrible cauchemar. Un cyber cauchemar.
J'ai rêvé que Stephen King se faisait pirater sa dernière oeuvre publiée uniquement sur le Web.
J'ai rêvé qu'un tribunal allemand décidait que "uriner de manière virtuelle" sur son cyber-voisin de toile relevait de la liberté d'expression.
J'ai rêvé que Microsoft refusait de céder aux autorités anti-trust (je n'ai pas dit anti-stress !) américaines.
J'ai rêvé que la patronne de World Online magouillait avec ses stock options pour s'en mettre plein le compte-en-Suisse.
J'ai rêvé que le Nasdaq plongeait.
J'ai rêvé que les golden boys des années quatre-vingts s'étaient réincarnés en jeunes "webusiness men" prêts à vendre père, mère, frère, soeur pour que l'on parle de leur "site.com".
J'ai rêvé que Yahoo! vendait en ligne des objets certifiés nazis.
J'ai rêvé qu'Edouard Balladur se faisait "émanciper" son site de campagne électorale.
J'ai rêvé que des maîtres chanteurs avaient baptisé leur site porno du nom du premier ministre irlandais et demandaient un million de dollars à celui-ci pour lui en céder le contrôle.
J'ai rêvé qu'Internet était devenu un grand bazar commercial, une foire d'empoigne, un piège à fric...
J'ai rêvé que le Web se transformait en araignée géante prête à dévorer des millions d'internautes réduits à la taille de grains de sable.

Je me suis réveillé en sueur, terrorisé. Internet était devenu le jouet du diable.
Pour me rassurer, j'ai allumé mon ordinateur, et parcouru les dernières nouvelles.
Horreur ! Le cauchemar était là, bien réel, sur mon écran...

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Internet Actu 32, jeudi 20 avril 2000

La Bête Immonde tapie sous la Toile

Mercredi 19 avril, alors que Jean Mattéoli venait de rendre son rapport sur la spoliation des Juifs de France pendant l'Occupation, commandé dans un louable effort de reconnaître, sinon de réparer, un des plus horribles épisode de l'histoire de ce siècle, le site de communauté français Multimania paraissait devant le Tribunal de Grande Instance de Nanterre, assigné par l'Union des Etudiants juifs de France, pour avoir hébergé un site nazi baptisé NSDAP, des initiales mêmes du parti hitlérien.
Voici donc de nouveau posé le problème de la responsabilité des hébergeurs quant au contenu qu'ils hébergent, et surtout, de la régulation du Web contre les dérives que constituent racisme, pédophilie et autres violences humaines.
1.500 sites nazis brandiraient leurs svastikas sur le Web. Certains des plus grands sites du Web -- les Amazon et les Yahoo! -- n'hésitent pas à profiter (au sens premier du terme) de ce répugnant "marché" alors que leur rang leur impose un devoir de "leadership moral" en quelque sorte.
Quelle position adopter contre la Bête Immonde aujourd'hui tapie sur la Toile ?
Faut-il fermer les yeux contre ces miroirs de la face la plus noire de l'âme humaine, au nom de la liberté d'expression ? Ou faut-il au contraire réguler, c'est-à-dire pouvoir interdire, quitte à passer pour répressif, et se voir ranger dans la même catégorie que ceux que l'on entend dénoncer ?
Le problème est certes vieux comme le monde, ou du moins comme l'humanité. La liberté collective tend à nier la liberté individuelle, qui s'arrête elle-même où commence celle d'autrui. Il se trouve qu'il est pourtant relativement nouveau -- et de plus en plus urgent -- sur Internet.
Régulation, co-régulation, dérégulation... Il faudra bien trancher, clairement, sans démagogie libertaire ou autoritaire.
Et rapidement car la Bête Immonde ne somnole que d'un oeil, cachée entre les fils de la Toile, prête à bondir.

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Internet Actu 33, jeudi 27 avril 2000

E-commerce ou... e-marketing ?

Quelle différence y a-t-il entre les 3-Suisses d'il y a vingt ans et les services de e-commerce actuels qui étalent leurs noms barbares sur les taxis citadins ? Aucune ! Le e-commerce est né au début du siècle aux Etats-Unis, lorsque les fermiers du Middle West pouvaient faire leurs achats -- de la robe de madame aux outils de monsieur en passant par la poupée de la petite dernière -- en commandant à partir du légendaire catalogue de Sears & Roebuck, qui trônait en second, après la Bible, dans les foyers américains de l'ère Henri Ford, et qui a fait rêver plusieurs générations de "Okies".
A l'époque, on commandait par la poste, et on patientait longtemps avant que n'arrive le colis tant attendu.
Beaucoup plus tard, les vépécistes ouvrirent des centres d'appels téléphoniques et des services Minitel, sans, puis avec paiement direct par carte bancaire.
Aujourd'hui, c'est la même chose, à la seule différence près qu'un nouveau canal de transaction est apparu, plus convivial, plus ergonomique, beaucoup plus puissant, et désormais mobile : Internet. Pour le reste -- le beefsteak, le tube d'aspirine, l'essence de la voiture, le PC ou le canapé du salon --, rien n'a vraiment changé. Il faudra toujours des camions pour livrer la marchandise commandée. Et encore y a-t-il fort à parier que le consommateur préférera toujours palper de ses mains ce qu'il envisage d'acheter. Imagine-t-on un instant que la ménagère va acheter sa lessive sur Internet !
Le BtoB, ces fameuses plates-formes de commerce interentreprises à l'échelle planétaire ? Rien d'autre que des extranets géants permettant d'associer fournisseurs et clients.
Certes le Web est 100 fois plus convivial que le Minitel, mais le fondement même de l'offre n'a guère changé. Et l'on sait que depuis sa naissance, la VPC ne dépasse pas au mieux 10% de la consommation globale.
Si "révolution" il y a, elle concerne uniquement les échanges de biens et de services numérisables, dématérialisés : un livre téléchargeable, un morceau de musique au format MP3, un logiciel ou un jeu vidéo, un film (bientôt), un billet de théâtre ou un voyage, mais aussi la consultation et la gestion de son compte bancaire ou de ses polices d'assurance (déjà possibles depuis plusieurs années par Minitel)...
Alors pourquoi nous bassine-t-on à longueur de journée avec ce satané e-commerce qui attire le capital-risque comme le sucre attire les fourmis ? Je ne me rappelle pas d'un tel bourrage de crâne du temps du lancement de cet Internet à la française maladroit que fut le Minitel.
Parce que plus qu'un nouveau mode de vente ou qu'un nouveau canal de distribution, Internet constitue un fantastique vecteur publicitaire (quelle marque n'a pas aujourd'hui son site vitrine, sorte de tête de pont des têtes de gondoles du supermarché du coin ?), et surtout, un redoutable outil de marketing "one to one". La multiplication des cas de sites de e-commerce qui recueillent -- au mépris du droit de l'homme à suivre l'adage bien connu "pour vivre heureux, vivons caché" -- toutes sortes d'informations afin de dresser le profil précis de leurs visiteurs-consommateurs potentiels montre bien que c'est exactement là que se dirige d'abord le e-commerce : remplir nos boîtes aux lettres électroniques d'offres alléchantes, comme la VPC encombre nos boîtes réelles de prospectus divers (à la grande satisfaction de La Poste qui en vit largement !).
Le e-commerce ? Un système Echelon voué au bizness !
Très peu pour moi...

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Internet Actu 34, jeudi 4 mai 2000

Liberté, liberté chérie...

Information censurée ou "dictée", journaux saccagés ou fermés, journalistes intimidés, embastillés, torturés ou assassinés... A l'aube du troisième millénaire, la liberté de la presse, dont c'était hier la dixième Journée internationale, reste une utopie dans bon nombre de pays de notre chère planète.
Le rapport annuel de Reporters sans Frontières, qui fête cette année ses quinze ans d'existence, recense des atteintes à la liberté de la presse dans pas moins de... 133 pays !
En 1999, 36 journalistes ont été tués dans l'exercice de leur profession ou pour leurs opinions.
Aujourd'hui, 84 journalistes croupissent en prison.
Voici ce qu'on peut lire, entre autres, sur le site de RSF, à propos du Rapport annuel de l'organisation "La liberté de la presse dans le monde en 1999" : "Près de la moitié des Etats qui siègent aux Nations Unies persistent à faire main basse sur les médias audiovisuels alors qu'une vingtaine de pays dans le monde peuvent être considérés comme de véritables ennemis d'Internet. Leurs gouvernements contrôlent les fournisseurs d'accès, mettent en place des filtres qui bloquent les sites jugés indésirables ou punissent sévèrement les cyber-dissidents."
De son côté, l'Institut international de la Presse (IPI) qui fête, lui, ses 50 ans cette année et dont le siège est en Autriche, a stigmatisé l'attitude des Etats vis-à-vis des éditeurs électroniques, lors de son congrès de Boston, du 30 avril au 3 mai. Les 500 représentants, venus d'une centaine de pays, ont dénoncé la surveillance, voire la censure (des amendes impossibles à payer, comme en Yougoslavie, à la décision arbitraire de fermeture, comme en Iran), dont sont victimes certains médias en ligne dans de nombreux pays, au mépris de l'article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948.

De trop nombreux Etats ont en effet bien compris qu'Internet, comme RSF, ne connaît de frontières et permet d'échapper à la censure. Beaucoup de journalistes ne s'en sont pas privé, qui diffusent sur le Web des articles "interdits" de publication papier dans leur pays.
En Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Asie, mais aussi en Europe, notamment à l'Est, les ministères de l'Information concernés s'efforcent désormais de juguler le Net pour faire taire ces confrères qui prennent souvent de grands risques pour informer le monde de certaines réalités de leur pays occultées par le pouvoir en place.
Excommunication d'autant plus facile qu'à la différence de son aînée papier, la jeune presse électronique, moins connue du "grand public", peut encore être censurée de manière relativement inaperçue.
"Les médias d'information dans le cyber-espace doivent disposer des mêmes droits à la liberté d'expression que les médias traditionnels", a déclaré l'IPI.
Nous ne saurions dire à quel point nous sommes d'accord avec ce voeu dont nous espérons qu'il ne restera pas pieux... trop longtemps.

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Internet Actu 35, jeudi 11 mai 2000

I love... Windows

Numéro d'Internet Actu un peu inhabituel cette semaine, avec une Une-Dossier consacrée à la nouvelle peste numérique : I Love You. Malgré un flash d'alerte spécial, trop hâtivement diffusé jeudi dernier, nous avions "raté" l'affaire. Nous nous rattrapons aujourd'hui après une semaine de recul et d'enquête.

I Love You laissera des traces, c'est certain. La pire conséquence de l'épidémie, vus sa virulence et son coût économique inégalés à ce jour, serait que les réseaux et les entreprises décident de mettre en place des outils de barrage et de filtrage des messages électroniques qui porteraient un coup fatal à ce qui fait la grandeur du Net : la libre circulation des informations. Car, à n'en pas douter, le prochain virus sera plus dévastateur encore.
S'il fallait, demain, faire passer ses mails par un sas de détection de virus et de décontamination, ou devoir posséder la permission, par mot de passe ou par un autre procédé, de communiquer avec telle personne de telle entreprise ou de telle organisation, ce serait un grave retour en arrière.

Au moment où Microsoft tente pas tous les moyens d'éviter un démantèlement, il est intéressant de noter que les ravages planétaires de I Love You sont directement proportionnels aux parts de marché détenues par les membres de la famille Windows qui, en intégrant Internet Explorer, sont automatiquement dotés de l'ActiveX exploité par le virus. Intégration qui constitue le coeur de la bataille juridique opposant Microsoft à l'anti-trust américain. I Love You aurait pénétré dans 90% des entreprises américaines. Or, le couple Windows-IE équipe justement 90% des PC de la planète !
Et dire qu'il y a quelques jours, Bill Gates expliquait qu'une démantèlement de Microsoft serait dangereux pour la sécurité informatique !

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Internet Actu 36, Jeudi 18 mai 2000

G8 : beaucoup de bruit pour rien ?

Sans l'épidémie de la Lettre d'Amour empoisonnée quelques jours plus tôt, la réunion du G8 sur la cybercriminalité, dont l'objet était d'initier une coopération gouvernements-entreprises, serait passée presque inaperçue tant ce type de rencontre internationale ne débouche habituellement sur aucune décision concrète.
"Cette réunion confirme une prise de conscience par les gouvernements et les entreprises des enjeux de la sécurité des systèmes et des réseaux", résume Henri Serres, le patron de la Direction de la Sécurité des Systèmes d'Information française, présent à la conférence. Il était temps, est-on tenté de commenter.
La sécurité des systèmes et réseaux est en effet devenue un enjeu économique de premier ordre, directement quantifiable en $US. Jamais Bill Clinton n'a tant parlé de sécurité sur Internet que depuis les attaques massives qui ont paralysé quelques-uns des plus beaux fleurons de la nouvelle économie, les Yahoo! et Amazon, il y a trois mois. Sans sécurité, la nouvelle économie reste fragile.
Parfait, mais ensuite ?

Ensuite, les entreprises ayant clairement refusé de se transformer en "auxiliaires de police", et la France, résumant peu ou prou la position européenne, ayant rejeté l'éventualité d'une cyberpolice supranationale (donc suspecte d'être à la solde des Etats-Unis), on ne voit pas très bien comment les Etats pourront lutter efficacement contre un cybercrime qui ne connaît, lui, pas de frontière.
On mesure une fois encore le décalage existant entre la mondialisation -- largement accélérée par Internet -- et la volonté des Etats de préserver leur souveraineté nationale.
Dans le cas de la cybercriminalité, comment traquer des pirates capables de lancer leurs attaques et leurs virus simultanément depuis des ordinateurs disséminés sur le réseau, en restant prisonnier de ses frontières politiques et juridiques.
On rétorquera qu'après tout, Interpol ne marche pas si mal que ça. Certes. Mais c'est sur le plan juridique que les choses se compliquent. On voit déjà ce que cela donne au sein même de l'Europe, entre la France et le Portugal, en ce qui concerne la demande d'extradition du tueur des trains, Sid Ahmed Rezala.
Au plan mondial, sans législation uniforme, il y a fort à parier qu'apparaîtront des cyberhavres, comme il existe déjà des paradis fiscaux savamment utilisés par les mafias.
Alors Internet est-il condamné à "faire avec" le cybercrime ? Sans doute. Comme nous sommes obligés de "faire avec" les voleurs, les violeurs et les assassins dans la vie "réelle".
Ne soyons pas naïfs. Après tout, comme le reste, Internet n'est et ne sera que ce qu'en fait l'homme, c'est-à-dire quelque chose de nécessairement imparfait. Il n'y a d'anges sur terre, que les "business angels" !

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Internet Actu 42, jeudi 29 juin 2000

Perfide BT

En fouillant dans ses cartons, BT (ex-British Telecom) a récemment découvert un vieux brevet déposé au Etats-Unis en 1974 mais accordé seulement en 1989, dont il s'est aperçu qu'il porte entre autres sur le concept du lien hypertexte, véritable clé de voûte du Web (IA Flash 49). Et l'opérateur d'outre-Manche d'attaquer en justice les fournisseurs d'accès à Internet aux Etats-Unis pour contrefaçon de son brevet. Et de leur réclamer le paiement d'une licence.
Le brevet en question pourrait rapporter des milliards à BT. Mais surtout étouffer net le développement du Web.
Voilà une affaire qui rappelle étrangement celle du Gif d'Unisys (IA 2 et IA 3). Voilà surtout une illustration éclatante de ce que pourrait donner l'importation en Europe de la brevetabilité des logiciels à l'américaine !
Aujourd'hui la législation européenne interdit de breveter les programmes informatiques. Mais demain ?
Sous la pression des Etats-Unis, Bruxelles pousse en effet les gouvernements européens à revoir leur législation et à rendre d'ici six mois les logiciels brevetables. Or, des milliers de brevets logiciels sont en attente au Bureau européen des Brevets.
On imagine le désastre : incertitude juridique permanente qui bloquerait l'innovation, constitution de monopoles sur les standards Internet qui bloqueraient la concurrence.

C'est ce contre quoi tente de lutter EuroLinux, qui a lancé une pétition contre un tel danger (IA Flash 45). Selon cette association d'éditeurs européens de logiciels, "la plupart des start-up Internet européennes se retrouveraient en contrefaçon de brevets si elles utilisaient des techniques désormais aussi "universelles" que les feuilles de style HTML (Microsoft), les programmes d'affiliation (Amazon), l'achat en un click (Amazon), le Wap (GeoWorks), ou le contrôle de la vie privée par P3P (Intermind)", dont il est par ailleurs question dans ce numéro.
Alors que le monde en général et les Etats-Unis en particulier viennent de décider que la carte du génome humain devait être librement utilisable par les chercheurs et les laboratoires pharmaceutiques, on voudrait aller à l'opposé en ce qui concerne les logiciels. Parce qu'il y a là des milliards à gagner ? Si tel était le cas, Internet en ferait les frais.
Au moment où se pose de manière de plus en plus pressante la question de savoir comment éviter le creusement du fossé numérique entre aisés et défavorisés dans les pays industrialisés, et plus largement entre pays riches et pays en développement (IA Flash 53), la brevetabilité des logiciels en Europe constituerait à n'en pas douter un pas en arrière dans le développement d'une société de l'information accessible au plus grand nombre.
Toujours le cruel dilemme entre intérêts particuliers (profit) et intérêt général (progrès). Celui de l'humanité en l'occurrence...

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Internet Actu 43, jeudi 6 juillet 2000

Perfide Albion contre plateau d'Albion

Fin mai, c'est maintenant officiel, le parquet de Paris a ouvert une enquête "préliminaire" sur les activités du réseau d'espionnage électronique anglo-saxon Echelon (lire dans IA 23) piloté par la NSA américaine, à la suite d'une lettre de l'ex-juge Thierry Jean-Pierre, aujourd'hui député européen. C'est la DST (Direction de la surveillance du territoire), autrement dit le contre-espionnage français, qui est chargé d'établir si Echelon porte "atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation et atteinte au secret des correspondances émises par voie de télécommunications", selon les articles 411-6 et 226-15 du Code pénal. Si cette enquête prouve qu'Echelon porte effectivement atteinte aux intérêts français (et particulièrement à ceux de nos grandes entreprises, comme Thomson ou Airbus, dont certains rapports affirment qu'elles auraient perdu de gros contrats au profit de leurs concurrentes américaines parce qu'Echelon les "écoutait"), elle pourrait alors déboucher sur l'ouverture d'une information judiciaire et la désignation d'un juge. Si...
Parallèlement, la Commission de la Défense de l'Assemblée nationale a créé fin février une mission d'information dont le rapporteur est le député UDF du Var Arthur Paecht.
Enfin, hier, le Parlement européen a -- timidement -- voté la création d'une commission "temporaire" chargée de faire le point sur l'implantation d'Echelon en Europe.

Préliminaire", "temporaire"... Dans cette affaire, tout le monde marche sur des oeufs. Interrogé, Arthur Paecht ne souhaite pas s'exprimer, préférant mener ses investigations à l'abri des regards des médias. Il s'étonne même : aucune des entreprises françaises que l'on soupçonne d'avoir été "espionnées" n'a porté plainte...
Pourquoi tant de prudence ? Parce que certains intérêts supérieurs dictent de ne pas irriter le gendarme du monde ? Sans doute. Parce que le Royaume-Uni, membre de l'Union européenne, constitue le deuxième pilier d'Echelon ? Sans doute aussi. Mais ce n'est pas tout. Pas mal d'autres pays européens n'ont pas non plus intérêt à ce que l'on creuse trop cette affaire parce qu'ils "hébergent" des installations du réseau Echelon : l'Allemagne, la Hollande, le Danemark...
Mais c'est peut-être en France qu'on a encore moins intérêt qu'ailleurs à ce qu'une véritable enquête soit menée. La France opère son propre réseau d'espionnage électronique, déjà baptisé "Frenchelon" par les Anglo-Saxons. Une quinzaine de stations d'écoute sont installées sur le territoire métropolitain (dont une sur le plateau d'Albion, et une autre à Domme en Dordogne), dans les DOM-TOM et au Moyen-Orient. Difficile dans ces conditions d'accuser autrui de se livrer aux mêmes petits jeux que l'on pratique soi-même, non ?

En tout cas, nos très flegmatiques voisins d'outre-Manche, champions de longue date du renseignement (le fameux "intelligence"), qui, comme l'explique Arthur Paecht, "ont formé les Américains dans ce domaine", ne semblent pas s'émouvoir : James Bond, alias Sean Connery, vient d'être anobli par Sa Gracieuse Majesté...

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Internet Actu 44, jeudi 13 juillet 2000

Le mythe de CiSi ?

S'il est une chose qu'on ne peut contester à Lionel Jospin, c'est sa volonté politique, exprimée depuis Hourtin 1997, de voir la France rattraper son retard en matière de TIC et figurer dans le peloton de tête des pays "numérisés".
Mais pas à n'importe quel prix ! Le train de mesures - aussi nombreuses qu'ambitieuses - officialisé le 10 juillet à l'issue du troisième Comité interministériel sur la Société de l'information (CiSi) est en effet placé sous le signe de la solidarité numérique.
Ce louable souci d'éviter l'apparition d'une France à deux vitesses coupée en deux par un "fossé numérique" se combine avec celui de combler un autre fossé, celui qui sépare l'Hexagone des pays les plus en pointe dans le domaine, à commencer par les Etats-Unis. Mais aussi celui de voir la France, qui vient de prendre la présidence de l'Union européenne, agir pour réduire celui qui divise le Nord et le Sud.
La France avait "magnifiquement" raté la révolution industrielle informatique ; elle n'entend pas rater celle d'Internet et de la nouvelle économie.
La "réduction du fossé numérique" se combine ainsi avec l'ambition de doter la France des moyens nécessaires pour préparer l'avenir technologique : formations de haut niveau, recherche, innovation.

Mais tout commence au berceau, ou du moins à l'école primaire. C'est précisément là, dans ce ministère de l'Education nationale qui n'en finit pas de faire sa révolution depuis des décennies avec les difficultés chroniques que l'on connaît, que se joue l'avenir numérique de la France. Et c'est sans doute là que le plan 2000-2003 inauguré par ce troisième CiSi sera le plus laborieux à mettre en oeuvre.
On aura beau équiper et connecter "100%" des établissements scolaires à coups de centaines de millions de francs (ce qui, concède Jack Lang, ne signifie jamais qu'un accès Internet par école, même pas par classe), il faudra d'abord que les cadres et les enseignants de la noble institution opèrent leur propre révolution culturelle numérique.
L'accès ne fait pas obligatoirement l'usage ! Imaginons (ce n'est, hélas, pas difficile !) ces ordinateurs connectés à Internet dans les écoles, sans professeur suffisamment formé non seulement pour encadrer techniquement les élèves mais surtout pour intégrer Internet dans leur programme pédagogique, c'est-à-dire pour faire du Web un nouvel outil d'enseignement et d'apprentissage à part entière, aussi essentiel que le manuel scolaire papier d'aujourd'hui.
On ne peut s'empêcher d'évoquer les conclusions de l'étude de Market Data Retrieval citées dans IA 43, qui dévoile que "malgré le raccordement de 95% des écoles américaines à Internet, plus de la moitié des enseignants du primaire et du secondaire ne s'estiment pas prêts à inclure les nouvelles technologies dans leurs cours. Beaucoup se sentent intimidés face à un ordinateur, surtout quand leurs étudiants sont plus expérimentés qu'eux" !
Pour cette révolution-là, l'argent du contribuable ne suffira pas.

L'accès ne fait pas non plus l'usage hors de l'école ! Imagine-t-on un instant qu'un petit tour de temps en temps dans un des 7.000 "espaces publics numériques" prévus par le gouvernement, ou qu'une adresse électronique "@laposte.net" suffiront à imposer Internet, notamment dans les couches défavorisées de la population ? Au lieu d'orchestrer ainsi une sorte d'hyperzapping populaire, ne faudrait-il pas mieux accentuer davantage l'effort sur l'accès individuel à l'équipement et au réseau : prix du matériel, tarifs de connexion...

Enfin, la société de l'information n'est pas inéluctable. Elle doit être choisie, et surtout débattue. Plusieurs types d'appropriation d'Internet ont déjà fait leurs preuves en matière d'expression sociale. Aussi les gouvernements seront toujours preneurs de bonnes idées, à condition que le citoyen-internaute prenne la parole pour dire quelle société de l'information il souhaite : celle du libre accès à l'information, à la culture et à la communication, ou celle du e-commerce sauvagement libéral ? Celle de feu Altern, ou celle de Toysmart ?

L'Internet pour tous ne serait-il qu'un mythe ? Quand bien même parmi les moins bien lotis, économiquement, socialement, intellectuellement, certains parviendraient à s'approprier les outils Internet et multimédia, les plus favorisés auront toujours une longueur d'avance.
Tenter de réduire le fossé numérique, oui. Le combler, impossible !

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Internet Actu 45, jeudi 20 juillet 2000

G8-Inet2000 : même combat

En moins d'une semaine, le Japon aura rassemblé le gratin mondial de l'économie et de l'Internet : les dirigeants et les membres de l'Internet Society, réunis pour leur dixième conférence annuelle à Yokohama (lire en Une), et les gouvernants des huit pays les plus puissants de la planète, réunis ce week-end dans l'île d'Okinawa.
Si les nouvelles technologies de l'information, et particulièrement Internet, sont naturellement au coeur des débats et conférences d'Intet2000, il semble bien qu'elles seront aussi au centre des discussions du G8. Ou plutôt, l'absence ou l'insuffisance d'accès à ces nouvelles technologies dans bien des pays défavorisés.
Car d'un côté comme de l'autre, les décideurs publics et "privés" sont de plus en plus sensibles au danger que représente, pour la prospérité mondiale -- raison d'être affichée du G8 --, le fameux "fossé numérique" entre pays "branchés" et pays privés de révolution numérique. Cette même "fracture" qui, en France, préoccupe tant le gouvernement et qui a guidé le nouveau plan annoncé il y a dix jours lors du troisième CiSi.
L'Inet2000 n'a-t-il pas fait sienne la formule "Global Distributed Intelligence for Everyone" (l'intelligence, sous-entendu numérique, à la porté de tous) ?
Même les membres du très sélect Forum économique de Davos s'inquiètent de cette inégalité, et recommandent aux dirigeants du G8 de tout faire pour que le fossé naissant ne se transforme en gouffre infranchissable, notamment en ne perdant pas de vue que cette fracture est également le fruit du profond fossé éducatif qui séparent déjà pays riches et pays en développement.
La société de l'information commence à l'école, certes. Mais il est grand temps que les discours ambiants soient suivis d'une action concertée d'envergure planétaire, en termes d'investissements financiers.
Si l'on veut faire de l'école la porte d'entrée dans la société de l'information, il faut d'abord équiper les régions numériquement sous-développées et déployer les infrastructures de réseaux sans lesquelles Internet reste hors de portée. Rapporté à l'échelle de la planète, l'effort consenti par le CiSi représenterait une enveloppe de 300 milliards de francs. A peine plus que ce que France Télécom a déboursé pour Orange...
Peut-on rêver qu'un tel espoir naisse cette semaine au Japon ?

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Internet Actu 46, jeudi 27 juillet 2000

Le spam qui pollue plus sale que sale

Vous l'avez reçu ? Reçu quoi ? Ben, le spam qui va changer la face du Web. Comment ça, quel spam ? Ben, le communiqué de l'agence de pub Saatchi & Saatchi (à vos souhaits !) annonçant la révolution dans "l'univers de la communication de la lessive" ! Non ? Hé bien tant mieux pour vous : vous ne faites pas partie des 55.000 malheureux qui, sans rien demander à personne, se sont fait fourguer par mail l'URL du nouveau site d'Ariel Essential (de Procter & Gamble), lequel vient d'inventer un nouveau concept : "l'advertainment" !

Nous, nous l'avons reçu, cet éloquent document. Et je ne résiste pas au plaisir de vous en faire partager toute la subtilité :
"Quand Saatchi & Saatchi Interactive révolutionne l'univers (l'Unilever ?) de communication de la lessive. Dans le cadre du lancement d'Ariel Essential, Saatchi & Saatchi Interactive présente un mini-site d'animations : (là, nous censurons volontairement le nom du site). Ces 6 "goodies", à télécharger ou à "consommer sur place" mettent en avant le nouveau concept de la marque : La Vitalité. L'utilisation de l'adverteinment (plutôt "advertainment", mais passons sur cet écorchage orthographique pourtant surprenant de la part d'une boite d'origine anglo-saxonne, comme son nom ne l'indique pas) permet à Ariel de communiquer auprès de la cible spécifique des "early adopters" en utilisant leurs codes : humour, univers cartoon, interactivité..."
Ca existe, les codes culturels des "primo-utilisateurs" de lessive ? A quoi ça ressemble ? Ca me rappelle une histoire de rillettes...

Si vous alliez sur ce site que je ne peux décemment pas me résoudre à vous communiquer, vous trouveriez six animations flash que même un gosse de cinq ans trouverait débiles. "Consommer sur place" ces âneries vous pomperait quelques minutes de téléchargement sur une ligne à plus de 750 Kbit/s. Imaginez un peu sur une connexion résidentielle de base à 56 Kbit/s ! C'est pas grave, c'est vous qui payez !
Et vos copains puisqu'on ne recule devant rien en vous proposant d'envoyer l'adresse dudit site (non, je refuse toujours...) "à un ami", non sans avoir renseigné vos nom et adresse mail ainsi que ceux dudit ami.
De quoi spammer de plus belle ! Hé oui, nous y voilà :
"D'ores et déjà, l'URL a été envoyée, via e-mail, à 55.000 de ces "early adopters" (vous avez bien lu : pas 500 ni 5.000, non, 55.000 ! Super moteur de spam qu'ils utilisent chez Atchoum & Atchoum !) Très décalé par rapport aux registres traditionnels de communication d'Ariel, ce mini-site est un acte de pure générosité où la marque offre à sa cible un moment de plaisir gratuit. Avec cette entrée remarquée sur Internet, Ariel Essential s'offre une image résolument novatrice et dynamique."
"Pure générosité", "plaisir gratuit". Ben tiens ! Les publicitaires ont depuis longtemps déjà tendance à nous prendre pour des demeurés, mais alors là, chapeau ! Je serais curieux de rencontrer l'énergumène qui a pondu un tel chef d'oeuvre.

La netiquette pourra-t-elle résister aux rouleaux compresseurs du e-commerce ? Netiquette ? Balayée par la perspective de vendre des millions de barils de lessive. Pas moyen de faire du commerce "proprement", "humainement", en respectant le client potentiel ?
On défigure déjà nos paysages de panneaux publicitaires ; va-t-on continuer sans vergogne à nous polluer le Web à coups d'enchères d'objets nazis, d'animations flash débiles et de spam à grande échelle qui ne sont rien d'autres qu'une autre forme de piraterie ?
Et ça vend de la lessive ! Au lieu d'embellir, ça salit !
Pour une "entrée remarquée sur Internet", ç'en est une !

© Bruno de La Perrière / Internet Actu, 1999/2000

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